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Céréaliers en crise: "En une année, je vais dilapider ce que j'ai mis quinze ans à économiser"

TEMOIGNAGE - La météo déplorable de ces derniers mois a des conséquences dévastatrices pour les céréaliers. Preuve en est avec Fabien Pigeon, agriculteur à Chauffour-lès-Etréchy, dans l'Essonne. Sur ses 280 hectares, dont la moitié est consacrée à la culture du blé, il estime déjà avoir perdu 60% de sa récolte.

Deux mois après les pluies diluviennes qui ont inondé plus de 1.500 hectares de terres agricoles, les agriculteurs découvrent l'ampleur des dégâts. Alors qu'entre fin mai et début juin 350 mm d'eau par m² sont tombés, soit l'équivalent de la moitié des précipitations annuelles, près de 220 exploitations d'Ile-de-France sont particulièrement impactées. Parmi les cultures les plus touchées: le blé. Alors que les agriculteurs franciliens viennent tout juste de reprendre leur travail dans les champs, RMC a rencontré Fabien Pigeon, agriculteur à Chauffour-lès-Etréchy, dans l'Essonne.

Sur ses 280 hectares d'exploitation, quasiment la moitié est consacrée à la culture du blé. Aujourd'hui, il se dit complètement "abattu": "Je n'ai pratiquement que des grains tout plats, tout creux, tout mal nourris, tout moches, malades, pourris… C'est du grain maigre qui ne vaut rien…" Alors qu'il ne lui reste qu'une journée et demie de moisson, il estime déjà sa perte à plus de 60 % cette année. "Une année de travail pour voir ça, c'est comme si on avait un gamin et que l'on se disait que l'on a raté son éducation, compare-t-il, dépité. C'est une année de boulot pour pas grand-chose".

"L'année prochaine, je redémarre à zéro"

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a lancé la semaine dernière un plan d'aide pour les céréaliers touchés. De même, pour leur venir en aide, le Conseil régional d'Ile-de-France a débloqué un million d'euros. Les formulaires de demandes d'indemnisation viennent tout juste d'être envoyées mais Fabien Pigeon ne compte pas trop dessus. Il attend plutôt les aides privées, comme celles des banques. "Si on n'a pas d'aide matérielle financière pour passer cette année, je ne peux même pas vous promettre que vous me revoyez ici en tant qu'agriculteur l'année prochaine", alarme-t-il.

La situation est en effet inédite pour cet agriculteur de 45 ans, installé depuis 15 ans: "En une année, je vais dilapider ce que j'ai mis quinze ans à économiser, déplore-t-il. L'année prochaine, je redémarre à zéro, comme si j'étais un jeune agriculteur avec des fonds qui montent à plat". "Ce sera certainement la pire année depuis l'après-guerre, estime Xavier Beulin, président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). Toute la moitié nord est impactée par les inondations et beaucoup d'exploitations vont connaître un demi chiffre d'affaires en moins par rapport à une année normale". Et d'en conclure: "Il va donc falloir des mesures exceptionnelles".

M.R avec Mathilde Choin