RMC

Faut-il encourager la chasse en France? Ça fait débat sur RMC

-

- - -

La chasse aux sangliers ouvre ce jeudi en Corse. Cette année, nouveauté : le permis national coûte moins cher. Il passe de 400 à 200 euros. C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Cette mesure fonctionne, beaucoup plus de chasseurs ont demandé une autorisation nationale que départementale.

La moitié des demandes de permis de chasse sont aujourd'hui des demandes nationales, alors que l’an dernier, cela concernait moins d’une demande sur dix. Un des objectifs de la mesure est de rendre ce sport plus accessible aux jeunes qui n’ont pas forcément les moyens.

L’autre objectif de cette réduction du permis de chasse est d’augmenter la mobilité des chasseurs. Le permis national, comme son nom l’indique, autorise à "prélever" des animaux partout en France.

Cela peut donc potentiellement permettre de relancer la chasse dans des zones qui était désertées. Des zones où la prolifération des sangliers peut être un problème. Ce n’est pas nouveau: de plus en plus de ces animaux arrivent dans les villes, comme à Avignon par exemple. La préfecture a décidé d’y autoriser la chasse, mais seulement avec des arcs et des flèches. Des associations de défense aux animaux s’y opposent: elles dénoncent "des pratiques génératrices de grandes souffrances pour les sangliers".

Un discours récurrent et que réfute Eddie Puyjalon, président du parti Chasse, pêche, nature et tradition: "Les espèces qui se portent le mieux aujourd'hui en France, sont les espèces chassées. Donc si on était avides de tuer et de détruire, nous n'aurions pas autant de pigeons ramiers et de palombe ou de gros gibier. Nous sommes des acteurs amoureux de la nature, je ne connais pas un pêcheur qui a envie de voir une rivière vide ou un chasseur qui a envie de voir une forêt vide. Nous sommes aussi conscients qu'on a besoin de défendre cette biodiversité.

Pourtant, le gouvernement a autorisé il y a deux semaines l’autorisation de la chasse d’un oiseau menacé, le courlis cendré. Seulement 6.000 pourront être tués, mais cette décision est jugée "révoltante" par les défenseurs des animaux. Alors que dans le même temps, l’Union européenne a averti la France sur certaines pratiques qu’elle juge "non sélectives".

"C'est une course à la mort"

Pour les associations de protection des animaux, la baisse du prix du permis national est un nouveau coup porté à la biodiversité, comme l'explique Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux:

"Il faudra qu'on m'explique comment, en chassant davantage, on protège mieux. Les chasseurs déversent 6000 tonnes de plomb dans la nature. S'ils sont plus nombreux à pouvoir pratiquer ce genre de sport, ça n'est pas une bonne nouvelle pour la protection de la nature. C'est vraiment une course à la mort alors qu'on se bat pour donner une chance à la vie qui est tellement sacrifiée. Donc à un moment, il faut se calmer".

Ils se battent et gagnent parfois comme dans le Loiret: les associations de défense des animaux ont obtenu l’interdit les tirs de nuits sur les renards après une consultation publique cet été.

Mais la bataille est difficile. Le lobby de la chasse est extrêmement puissant, incarné par un homme, Thierry Coste, proche d’Emmanuel Macron. Le passage de 400 à 200 euros pour le permis national, c’est en particulier grâce à lui.

A son tableau de chasse, il a également, en partie, la démission de Nicolas Hulot du ministère de l’Ecologie.

Lucas Scaltritti