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Le glyphosate tue les sols, l'eau, notre biodiversité et la santé des agriculteurs

L'Union Européenne devait se prononcer ce jeudi sur le renouvellement de l’autorisation du glyphosate, substance herbicide considérée par certains comme cancérigène. A défaut de majorité, le vote a été ajourné. Pour l’eurodéputée EELV Karima Delli, il faut tout simplement interdire cette substance.

Glyphosate. Derrière ce nom, une bataille d’experts, et une bataille au niveau européen, qui devait connaître ce jeudi son dénouement. L’Union européenne devait décider du renouvellement de l’autorisation de cette substance herbicide, la plus vendue au monde et présente notamment dans le Roundup et considérée comme cancérigène. Aucune majorité ne s'étant dégagée parmi les états membres, le vote a été ajourné. Le feuilleton va donc se poursuivre encore quelques temps, alors que le 30 juin prochain, l'autorisation de cette substance arrive à expiration.

“Le glyphosate, c'est un herbicide qui tue tout: les sols, l'eau, notre biodiversité, mais qui tue aussi la santé des agriculteurs", a expliqué l’eurodéputée écologiste Karima Delli au micro de Jean-Jacques Bourdin.

"La polémique est de savoir si il est cancérigène ou pas. L’OMS dit oui, c’est cancérigène, et comme par hasard, l’Agence européenne de sécurité alimentaire, elle, nous dit non. Il y a donc une bataille d’experts.”

Herbicides, tampons et serviettes hygiéniques

La décision que prendra aujourd’hui l'Union sera l’énième chapitre d’une polémique dont Karima Delli a rappelé les principales étapes. Au Parlement européen, les députés écologistes ont réclamé l’interdiction du produit, en vain. "Au lieu de cela, le Parlement s’est prononcé pour une autorisation de sept ans, avec des restrictions très fortes, mais il se pourrait que l’autorisation finale qui sera décidée aujourd’hui soit d’une durée de neuf ans”, a expliqué l’élue européenne membre d’Europe Ecologie-Les Verts.

“C’est un scandale, on ne peut pas empoisonner les citoyens européens encore neuf ans. Il faut prendre en compte le principe de précaution.”

48 députés, dont Karima Delli, se sont soumis volontairement à un test d’urine au mois d’avril, et les résultats, publiés la semaine dernière, montrent que tous ont une teneur en glyphosate, avec parfois des taux élevés. “Le résultat est parfois alarmant”, explique l’eurodéputée, “car c’est 20 fois le seuil toléré dans l’eau potable. Cela veut dire que tout le monde est concerné”, insiste-t-elle, et en particulier les femmes, puisqu’on retrouve du glyphosate dans les tampons et serviettes hygiéniques.

"Drames sanitaires"

Outre le débat sur l’aspect cancérigène ou non de cette substance, elle a été reconnue par la France comme un perturbateur endocrinien, par la voix de Marisol Touraine, qui s'est exprimée sur le sujet mercredi 18 mai. Cela induit qu’elle puisse avoir des conséquences sur les appareils reproductifs et interférer avec les hormones. Les perturbateurs endocriniens sont particulèrement nocifs pour les femmes enceintes, en raison des conséquences qu’ils peuvent avoir sur les foetus.

Pour Karima Delli, ce n’est pas le Parlement qu’il faudra mettre en cause, si l’autorisation est prolongée. "Le Parlement européen n’a qu’un avis consultatif, a-t-elle rappelé. Selon elle, les responsables, “ce sont des chefs d’Etat, et le fameux lobby de l’industrie du pesticide”. Et l’eurodéputée de conclure :

“Il n’est pas normal que ces décisions se fassent dans le dos des citoyens, en catimini, notamment au profit de ces industriels qui ne respectent pas notre santé publique et les conséquences, demain, ce seront des drames sanitaires. On ne peut pas prendre ce risque.”
C.V.