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Les opinions du monde entier contaminées par Fukushima

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Toute la planète a les yeux rivés sur la centrale de Fukushima. La menace d’une catastrophe nucléaire comparable à Tchernobyl demeure. Nous sommes déjà dans l’après-Fukushima. Et rien ne sera plus comme avant.

Il y a dix ans, les attentats du 11 septembre ont bouleversé l’ordre politique mondial et ébranlé le modèle américain. La tragédie du Japon, elle, met en évidence la fragilité de nos systèmes, de nos valeurs ; notre impuissance à dompter la nature, les éléments – ce que pourtant les Japonais croyaient avoir réussi plus que d’autres ; et aussi l’incapacité de nos Etats industriels à convaincre qu’ils agissent au nom de l’intérêt public. Le 11 septembre, nous avions des ennemis à haïr, à montrer du doigt. Après Fukushima, nous ne pourrons sûrement que nous en prendre à nous-mêmes.

Allons-nous forcément vers la remise en cause du nucléaire ?
Au moins une remise en question. Les centrales n’ont pas toutes été bâties dans des zones sismiques mais dans tous les pays, l’industrie nucléaire s’est construite sur le secret. Les citoyens n’accepteront plus une telle omerta. A tort ou à raison, Tchernobyl était associé à la décrépitude de l’URSS. Fukushima, c’est notre monde – moderne, capitaliste, démocratique. On ne peut plus faire comme si ça ne pouvait pas nous arriver. D’ailleurs tous les gouvernements annoncent des moratoires et des commissions d’inspection. Ça ne peut qu’inquiéter encore plus les populations ! D’autant qu’on peut toujours renforcer les contrôles chez nous, ça ne nous protège pas d’un accident dans un pays voisin. La mondialisation, elle existe aussi, hélas, pour les nuages radioactifs…

Est-ce qu’on peut imaginer une réglementation mondiale ?
Il en existe vaguement une, mais comme tout ce qui touche à l’énergie relève de la souveraineté des Etats, on ne peut pas être très optimiste. La solidarité du monde entier avec les Japonais est émouvante. Mais il faut quand même bien dire que la communauté internationale est plutôt en ce moment dans une phase d’impuissance. Si le G20 n’est pas parvenu à un accord sur la taxation des transactions financières, il y a peu de chances qu’on arrive à fixer des règles de sécurité et de transparence sur le nucléaire. Sans parler de ce qui se passe en Libye : la reconquête du pays par les troupes du colonel Kadhafi, pendant que les grandes nations se perdent en conciliabules. C’est une reprise en main qui annonce une mise au pas. Celle des insurgés que les démocraties ont laissé tomber. Si l’ONU vote une surveillance aérienne, ce sera déjà bien tard.

Est-ce que le drame japonais peut avoir des conséquences jusque dans la politique française ?
Il en a déjà. La question nucléaire va doper les écologistes, qui vont peser davantage sur la gauche. Ça aura des conséquences pour 2012. Plus profondément, l’effet Fukushima accroit l’importance de la peur dans le débat politique. Il creuse le fossé entre les « partis de gouvernement », qui se doivent de réformer et d’apaiser, et les partis protestataires, qui dénoncent peu ou prou le système et qui tirent profit des peurs. S’il veut être réélu, Nicolas Sarkozy va devoir prouver d’urgence qu’il est capable d’être un président rassurant.

Ecoutez « Le parti pris » de ce jeudi 17 mars avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin:

« Les opinions du monde entier contaminées par Fukushima »

Hervé Gattegno