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Le désespoir des céréaliers: "L'an passé on a eu trop d'eau et là, c'est la sécheresse"

Eux ne se réjouissent pas de la météo chaude et ensoleillée attendue cette semaine. Les agriculteurs de nombreux départements, en Bretagne, Normandie et dans le nord doivent (déjà) faire face à la sécheresse, en raison d'un manque de pluie depuis le début de l'année. RMC a rencontré deux céréaliers préoccupés.

C'est une très belle semaine, chaude et ensoleillée qui nous attend. Une aubaine pour les vacanciers et tous ceux qui partent à l'occasion du pont de l'Ascension. Mais un calvaire pour les agriculteurs, qui sont nombreux à souffrir de la sécheresse, déjà. Dans certains départements, comme la Picardie ou les Côtes d'Armor, la pluie se fait trop rare depuis le début de l'année. Le niveau des nappes phréatiques est très faible. L'eau est même parfois rationnée avec des interdictions d'arroser (fin avril dans le Morbihan, début mai en Seine-Maritime).

"Un tiers de rendement en moins"

Ce manque d'eau, Gaétan Brisset, agriculteur à Tréauville dans la Manche, un département qui ne passe pas pour être le plus sec, le constate directement. Un coup d'œil au cours d'eau qui traverse ses champs de blé suffit. "On voit le sable de chaque côté sur les berges, ce qui signifie que le niveau de la rivière est exceptionnellement bas. D'habitude, ce n'est qu'en juillet-août voire septembre qu'on voit ça, mais en mai c'est très rare". Cette sécheresse bien visible a des conséquences directes pour ses récoltes de blé. "A cause de ce stress climatique, on va considérer qu'il va manquer presque un tiers de rendement en paille. Sur le grain c'est trop tôt pour le dire, mais sur la paille on sait déjà qu'on va avoir un tiers de moins". Si le département de la manche n'est pas encore concerné par les restrictions, un appel au civisme des habitants a été lancé quant à la consommation quotidienne d'eau.

"Déjà l'an dernier la récolte avait été épouvantable"

Même situation critique, dans l'Aisne, dans les Hauts-de-France. Philippe Pinta, céréalier et président de l'Association des producteurs de blé a le moral au plus bas. "Qui dit pas suffisant d'eau, dit pas suffisamment de rendement. Le manque d'eau ça affecte tout de suite le volume". "L'an passé on a eu des excès d'eau puisqu'il a plu pendant deux mois - tout le mois de mai tout le mois de juin - et on a fait la récolte la plus épouvantable depuis la guerre. Et cette année, il y a la sècheresse!", se désole-t-il. Si la saison n'est pas encore fichue, Philippe Pinta explique que "tout va dépendre des prochains jours et des prochaines semaines, mais il y a des dégâts qui sont irréversibles. Pour nous l'idéal, c'est un temps changeant, avec de l'eau puis du soleil. Maintenant… on n'a aucun pouvoir là-dessus".

P. Gril avec Loïc Kieffer