RMC

"Personne n'est venu!": le désarroi de ces agriculteurs qui ne trouvent pas de main d'œuvre en France

Le secteur agricole peine à recruter des saisonniers français. Alors, pour mener à bien leurs récoltes, les agriculteurs font appel à de la main d’œuvre étrangère.

Environ 300 travailleurs saisonnier marocains sont attendus dans les prochains jours dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. Ils vont travailler dans des exploitations agricoles.

Une opération légale, strictement encadrée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et mise en place chaque année, pour pallier le manque de main-d’œuvre locale même en pleine crise économique.

Un soulagement pour les agriculteurs qui craignaient de voir ces travailleurs étrangers bloqués dans leur pays cette année à cause de la crise sanitaire.

Alerté depuis le mois d'octobre par la FDSEA des Bouches-du-Rhône, le préfet a donc demandé une dérogation pour l’entrée de ces saisonniers sur le territoire malgré l’épidémie.

Car malgré la crise sanitaire et les dégâts occasionnés sur l'emploi en France, sans les travailleurs saisonniers étrangers, impossible de tenir la saison pour les exploitants agricoles.

"On s’attendait à devoir refuser des candidatures mais ça n’a pas été le cas"

Dans une de ses chapelles comme il dit, une grande serre de 4 hectares et demi, Bruno Emeric fait pousser des salades. A perte de vue, des rangs de feuilles de chêne rouge, et de batavias. Des salades, du persil, mais aussi des épinards et du céleri.

Bruno Emeric a besoin de main d'œuvre pour l'aider à tenir la cadence. Comme chaque année, il fait appel à des travailleurs marocains: "Quatre vont arriver vendredi et cinq la semaine prochaine".

Dans le contexte sanitaire actuel, ce maraîcher espérait pourtant pouvoir recruter des saisonniers de la région. Mais il n'en fut rien. 

"C’est surprenant. Au premier confinement, on s’attendait à devoir refuser des candidatures mais ça n’a pas été le cas. Personne n’est venu nous demander. Quand on connaît le nombre de chômeurs que nous avons sur notre secteur ici, au Pays d’Arles, bien sûr que c’est dommage".

Aider les chômeurs à trouver du travail dans l'agriculture, c'est justement la mission d'Anne Severac. Elle dirige Delta Formation, une association qui œuvre avec Pole Emploi pour former des saisonniers au travail agricole.

Il y a une demande forte dans le secteur: 100 % des personnes qui souhaitent travailler dans l'agriculture trouvent un emploi à l'issue de la formation explique Anne Severac. Mais elle le reconnaît: encore faut-il aller au bout: "Des gens qui abandonne malheureusement, soit parce qu’ils se rendent compte que c’est trop difficile soit parce que l’orientation au départ a été mal faite".

"S’ils n’arrivent pas à trouver en local, ils font appel à de la main d’œuvre extérieure"

Sans compter que les métiers agricoles, hormis le travail de la vigne, souffrent d'un déficit d'image. Trop durs, pas assez valorisants, détaille Anne Severac. Conséquence: les agriculteurs qui manquent de main d'œuvre n'ont plus vraiment le choix: "La production elle est là donc à un moment donné, il faut la ramasser. S’ils n’arrivent pas à trouver en local, ils font appel à de la main d’œuvre extérieure".

Certains refusent pourtant de laisser passer leur chance. Anne Severac, vient prendre des nouvelles d'un groupe de 9 stagiaires. Parmi eux, Maxime.

Il y a moins d'un mois, ce jeune de 29 ans n'y connaissait pratiquement rien, à l'agriculture. Aujourd'hui, dans l'humidité et le froid d'un mois de décembre, polaire noire sur les épaules et bonnet bien enfoncé sur la tête, il apprend à conduire un tracteur dans les champs provençaux: "Je suis en reconversion professionnelle parce qu’à la base, je suis dans la restauration mais vu que là, on n’a plus trop le droit de travailler…"

"Ce ne sont pas des conditions agréables pour travailler toute la journée dehors"

Maxime est motivé. Même s'il est conscient que ce ne sera pas facile tous les jours.

"L’été, il fait extrêmement chaud dans les champs, l’hiver il y a le froid donc ce ne sont pas des conditions agréables pour travailler toute la journée dehors. Après, on n’est qu’à trois semaines de formation donc on n’a pas vu l’ensemble du métier".

En 2019, l'organisme de formation d'Anne Severac a formé 280 personnes. Les besoins en main d'œuvre des agriculteurs de la région atteignent, eux, plusieurs milliers de travailleurs saisonniers.

Benoit Ballet (avec C.P.)