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Tomates bio sous serres chauffées: "Si on respecte le cycle naturel, on n'en a pas avant juillet!"

Décision cruciale ce jeudi: le Comité national de l'agriculture biologique devrait trancher sur l'épineuse question autour des serres chauffées dans l'agriculture bio.

C’est ce jeudi que le Comité national de l'agriculture biologique doit théoriquement trancher l’épineuse question des serres chauffées dans l'agriculture bio. Mais la décision pourrait être reportée faute de consensus. Mardi, Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture, a expliqué devant le Sénat ne pas être opposé à ce que des produits issus de serres chauffées soient estampillés bio.

"Il ne faut pas surtransposer les directives européennes", a déclaré le ministre. Mi-juin, il avait pourtant assuré "à titre personnel" être opposé à ces serres chauffées pour les produits bio afin de "respecter les rythmes biologiques".

La question divise le monde de la bio. La Fédération nationale de l'agriculture bio (FNAB), favorable à l’interdiction des produits bio produits sous serre dénonce le bilan carbone désastreux des fruits et légumes produits sous serre.

78% des tomates bio importées

Nous avons rencontré Jean-Luc, maraîcher bio dans le Vaucluse qui produit des tomates sous serres depuis 2 ans chauffées grâce à la biomasse. Jean-Luc, qui vit à Cavaillon, ne s'en cache pas: ses tomates ont besoin de chaleur pour pousser le plus tôt possible dans l’année.

"On commence à chauffer dans le courant du mois de janvier. Et on arrête de chauffer dans le courant du mois de mai. Parce qu'on souhaite produire de manière pleine à partir du mois de mai."

Aujourd’hui en France, 78% des tomates bio vendues en supermarchés viennent de l’étranger. Alors quand il entend le ministre de l’Agriculture dire qu’il faut respecter les rythmes biologiques, Jean-Luc s’énerve.

"Si on respecte le cycle naturel comme le préconisait le ministre il y a quelques jours, on n'a pas de tomates françaises à disposition de nos consommateurs avant le 10 juillet, avant aujourd'hui"

"Si ça se produit, on va amputer le chiffre d'affaire de 50%"

L’interdiction de serres chauffées pour le bio inquiète donc l’agriculteur. Il avoue même avoir du mal à dormir.

"Si ça se produit, on va amputer le chiffre d'affaire de 50%. Moi je joue mon patrimoine là dessus. J'ai un fils qui joue sa carrière. On n'a pas besoin de pantin comme ça"

Une décision que Jean-Luc trouverait particulièrement injuste. Sa chaudière est alimentée par des copeaux de bois. Le maraîcher assure que son bilan carbone est très faible.

Nicolas Ropert et Benjamin Pelsy (avec James Abbott)