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Accueil des réfugiés: les autres précaires craignent de passer au second plan

Face à l'afflux de migrants, un risque de concurrence entre précaires existe

Face à l'afflux de migrants, un risque de concurrence entre précaires existe - JOEL SAGET / AFP

Avec l'arrivée des réfugiés syriens et irakiens, les associations de solidarité redoutent une concurrence des publics précaires. En effet, comment accueillir ces personnes sans désavantager les sans-abris, les autres migrants et demandeurs d'asile d'autres pays qui attendent parfois une réponse pendant des mois, voire des années. C’est le cas par exemple pour Michelle, Camerounaise, rencontrée par RMC.

Menacée de mort dans son pays, Michelle attend depuis deux ans que son recours en demande d'asile soit examiné. Alors lorsqu'elle entend le gouvernement promettre un examen des dossiers en quelques semaines pour les réfugiés syriens, elle fait part de son incompréhension: "Je ne veux pas être jalouse car, même si ce ne sont pas pour les mêmes raisons, ces gens-là fuient ce que j'ai fui mais j'ai aussi envie d'être protégée".

Car face à l'afflux des réfugiés syriens et irakiens, les associations de solidarité redoutent une concurrence des publics précaires. En effet, comment accueillir ces réfugiés sans désavantager les sans-abris, les autres migrants qui vivent dans la rue et les demandeurs d'asile d'autres pays qui attendent parfois une réponse pendant des mois, voire des années. C'est pourquoi, Angélique, la responsable du centre où vit Michelle, espère que l'Etat n'oubliera pas les autres réfugiés, et au-delà tous les sans-abris.

"On est déjà dans une pénurie permanente"

"C'est vrai que la demande de personnes sans-domicile ou en grande précarité est très forte actuellement. En conséquence, il n'y a pas assez de places pour les accueillir. J'espère donc que cela n'empêchera pas d'autres places de se créer pour des personnes en attente depuis plus longtemps", déclare-t-elle. Des inquiétudes bien réelles selon Eric Pliez, président du SAMU social de Paris, qui estime qu'il existe bien un risque de concurrence des publics précaires.

"Le risque est d'abord budgétaire: aura-t-on les moyens d'accompagner tout ce mouvement? On est déjà dans une pénurie permanente de places d'hébergement. De fait, tous les soirs, ce sont près de 200 personnes qui ne vont pas trouver de place en appelant le 115 de Paris". Ce mercredi, Manuel Valls a annoncé une enveloppe de 250 millions d'euros pour l'hébergement d'urgence des Français. Une façon de ne pas léser les sans-abris à l'approche de la saison hivernale.

Marie Dupin avec M.R