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Des classes de niveau au collège: bonne ou mauvaise idée?

Deux candidats à la présidentielle, Eric Zemmour et Valérie Pécresse, proposent la fin du collège unique et la création de classes de niveaux dès la sixième. Un débat qui a agité les chroniqueurs d'Estelle Midi.

C’est un serpent de mer depuis la création du collège unique en 1975, date où le parcours des enfants de la sixième à la troisième est devenu le même pour tous avec un large tronc commun: le retour des classes de niveau au collège. Valérie Pécresse ou Éric Zemmour le proposent dans cette élection présidentielle.

Les forts avec les forts, les faibles avec les faibles?

Valérie Pécresse propose d’établir un examen d’entrée en sixième pour vérifier les fondamentaux. Les meilleurs seraient envoyés dans une classe de sixième classique, ceux qui échoueraient à cet examen, "ceux qui vont troubler l’ordre en classe", selon la candidate LR, seraient envoyés dans "des classes de consolidation".

Eric Zemmour fait la même proposition, en voulant réunir les fort avec les forts et les élèves les plus faibles dans une classe avec des méthodes adaptées. Pour ceux qui ne souhaitent pas poursuivre au lycée, le candidat "Reconquête !" propose d’ouvrir l’apprentissage à partir de 14 ans, au lieu de 16 ans aujourd’hui.

"Une bonne idée pour réduire les inégalités"

Pour Catherine Rambert, les tronçons communs sont facteurs d’inégalités: "un enfant qui n’est pas pris en charge va sombrer au lieu de progresser". Elle est par contre en désaccord avec la proposition de l’apprentissage à 14 ans: "c’est trop tôt !"

Thierry Moreau, est lui pour qu’il y ait une partie de tronc commun : "en sixième, l’âge moyen est entre onze et douze ans. Faire le tri entre ceux qui vont faire des études ou pas, à onze ou douze ans, ce n’est pas possible. Il faut par contre valoriser l’apprentissage beaucoup plus tôt."

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Des expérimentations sur des groupes de niveau...

Certaines expérimentations ont eu lieu. Le SNAC (syndicat national des lycées et collèges) a testé, dans l’académie de Poitiers, des classes adaptées: les élèves sont tous ensemble, dans le même bâtiment, dans la même classe, sauf en cours de français et de mathématiques où les classes sont divisées en niveau. Pour Jean-Rémy Girard, président du SNAC:

"Ce sont les deux matières où les élèves faibles ne peuvent pas progresser avec les autres si on laisse tout le monde ensemble, d’autant plus dans le système français où les élèves sont une trentaine par classe. Nous, les enseignants, on ne peut pas s’adresser à tout le monde en même temps. J’ai une élève qui lit Roméo et Juliette pendant les vacances et un autre élève qui arrive à peine à déchiffrer ce qu’il y a écrit sur la feuille. Enseigner aux deux en même temps, ça n’existe pas, je ne sais pas faire."

...qui ont eux des résultats positifs

Quels sont les résultats ? "On arrive à faire progresser les élèves. Après s’ils arrivent en sixième sans savoir lire, c’est trop tard. C’est avant qu’il faut avoir un accompagner renforcé", explique Jean-Rémy Girard.

"Un enseignant de littérature et de grammaire en collège ne sait pas apprendre à lire à un enfant, à lui faire déchiffrer les syllabes, etc", poursuit-t-il. Ce n’est pas le même métier. Et même si je savais, ce n’est pas sur mon temps de classe que je pourrais le faire", pointe-t-il, alors qu’un élève sur cinq a des difficultés liées à la lecture.

"Il y a besoin d’investissements quoi qu’il arrive. On peut toujours avoir des super idées, mais si c’est pour se retrouver avec le même nombre d’élèves par classe, avec les mêmes moyens, avec la même faible attractivité du métier d’enseignant, on n’améliorera pas les choses. Le problème principal de l’école en France, c’est que les effectifs sont très élevés et que les enseignants sont ceux qui ont le plus de mal à faire cours: on est le pays où il y a le plus de bavardages, où les élèves mettent le plus de temps à rentrer en activité. Si on ne repense pas l’école, on sera toujours plus dans le même système, et on continuera d’accroître les inégalités", conclut Jean-Rémy Girard.

Maxime Martinez