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Elle attaque la fac de Lyon 3 en justice: "J'ai perdu la chance de ma vie à cause d'un diplôme qui ne vaut rien"

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En 2010, Laurence, 44 ans, valide un diplôme à l'université de Lyon 3. En 2015, elle est sur le point d'être embauché au service Ressources humaines du renseignement militaire, mais son employeur fait machine arrière et lui explique que son diplôme n'est pas homologué et non pas reconnu. Aujourd'hui Laurence attaque l'université et réclame 680.000 euros de dédommagement.

Laurence a obtenu en 2010 un diplôme non homologué à la faculté de Lyon 3:

"Après les attentats de janvier 2015, je me suis demandé comment je pourrais aider mon pays. Je travaillais dans les ressources humaines, et j'ai envoyé ma candidature à la direction du renseignement militaire.

J'ai été convoquée pour un entretien et obtenu le poste. On a mis en route le système de paperasses à remplir. Et on s'est rendu compte que le diplôme que j'avais n'était pas reconnu alors qu'il était initialement homologué.

Je me suis dit que ce n'était pas possible. Je suis tombée des nues.

Ça m'a complètement bloquée puisque ce diplôme homologué était une des conditions de l'embauche. Tout était prêt, mon contrat était en cours de rédaction… Je m'organisais pour ma nouvelle vie professionnelle, j'ai du tout stopper. Je ne comprenais pas pourquoi, puisque l'université Lyon 3 présentait ce diplôme comme homologué.

"J'y suis allée les yeux fermés"

J'avais suivi ce cursus à l'âge de 37 ans en cours du soir parce que je souhaitais me réorienter. On m'a dit que ce diplôme de professionnalisation était plus intéressant qu'une simple licence car je pouvais faire un stage de 6 mois. Mais on ne m'a absolument pas proposé d'équivalence alors qu'ils annonçaient que ce diplôme était homologué.

J'y suis allée les yeux fermés parce que c'était une bonne fac.

Moralement j'ai perdu la chance de ma vie. Ça ne se représentera pas une seconde fois. Quand on a cette chance et que vous la perdez, vous perdez vous. C'est un grand vide qui se produit intérieurement. Aujourd'hui ça me bloque l'accès non pas à un travail ordinaire mais à une carrière entière. Pour moi, c'était un aboutissement par rapport aux sacrifices que j'ai dû faire avant pour me réorienter.

On m'empêche d'exercer ma profession. Là c'était dans le secteur public, mais aujourd'hui tous les services RH consultent un répertoire accessible depuis janvier 2017 qui recense tous les diplômes homologués parce qu'il y a de plus en plus de faux diplômes. Et mon diplôme n'y figure pas, donc c'est autant les portes du public que du privé qui se ferment.

"Ce n'est pas une simple erreur, c'est faute grave"

C'est comme vous dire que votre diplôme ne vaut rien. Ce n'est pas une simple erreur, c'est une faute grave. Il y a eu des planqués au sein de l'université qui n'ont pas fait leur travail. Avant de faire l'inscription d'un étudiant, il faut faire un dossier pour s'assurer que le diplôme soit homologué. Ils n'ont pas fait ce qui fallait. C'est inadmissible qu'une telle institution ne fasse pas son travail. A qui peut-on faire confiance après?

Une action devant le tribunal administratif est engagée. Je réclame que l'université reconnaisse ses torts et pouvoir avoir une indemnisation de ce que j'aurais dû toucher en terme de salaire et avoir une compensation pour le préjudice moral.

Aujourd'hui, je dépends uniquement des revenus de mon mari, alors que j'ai toujours œuvré pour n'avoir à dépendre de personne. J'ai perdu toute fierté.

On se demande si on va pouvoir maintenir notre train de vie. On va devoir se défaire d'un studio que nous avions dans une station de ski. Petit à petit la situation se dégrade pour nous. Ça plonge une famille complète dans le désarroi total".

P.B. avec Bettina de Guglielmo