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Le rugby scolaire suspendu: la colère des professeurs d'EPS

Après l'accident de Mathias Dantin, un jeune joueur amateur devenu tétraplégique lors d'un match de rugby scolaire, en décembre dernier, les compétitions UNSS sont suspendues. Une situation qui crispe au sein de l'Éducation nationale.

Le 14 décembre dernier, Mathias Dantin, 17 ans, jeune joueur amateur de rugby devenait tétraplégique après avoir subi un plaquage en plein match de rugby. Un match en milieu scolaire, lors d'une compétition UNSS, qui opposait plusieurs lycées. Depuis, l'Education Nationale a suspendu le rugby à XV en compétition scolaire. Chez les professeurs d'Éducation Physique et Sportive (EPS), cette décision ne passe pas.

De fait, cette décision est une première. Jamais la pratique d'un sport en milieu scolaire n'a été suspendue à la suite d'un accident. Au centre du problème pour le rugby à XV, il y a les contacts, les plaquages, qui peuvent être vifs, entre des adolescents qui n'ont pas tous la même morphologie. Pourtant, les professeurs d'EPS disent être très vigilants. Toutes les séances visent à éviter au maximum les contacts explique Quenos, professeur de sport en collège, référent de l'UNSS rugby dans son établissement.

"Encore mercredi dernier, on a fait un entrainement. Chacun joue dans sa zone: le ballon peut franchir la zone mais pas les joueurs. Les débutants sont d'un côté, les experts de l'autre. Autre exemple: sur les phases de poussée, les mêlées sont simulées" explique-t-il.

Des proviseurs ne veulent plus de rugby en EPS

Derrière, le cas du rugby scolaire et de cet accident dramatique, les professeurs d'éducation physique ont la désagréable impression que l'on remet directement en cause leurs compétences. Certains chefs d'établissements, ont allumé la mèche en annonçant qu'ils ne proposeraient plus le rugby en cours d'EPS, plongeant les 30.000 professeurs d'EPS dans une colère noire.

Leur syndicat national a d'ailleurs écrit au ministre de l'Education Pap N'diaye pour lui demander des explications "Pour nous c'est une rupture de confiance envers les professeurs d'EPS", explique Coralie Benech, co-secrétaire du syndicat SNEP-FSU. "On demande à ce que cette activité puisse reprendre. On n'est pas contre se poser des questions mais il faut se poser les bonnes questions", juge-t-elle.

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L'imitation des joueurs pro en cause?

Pourtant, le rugby reste un sport de contact, où le risque zéro n'existe pas, surtout pour des organismes qui ne sont pas forcément préparés à absorber des chocs. C'est un sport qui nécessite des précautions spécifiques, une attention particulière, à l'heure où le rugby est de plus en plus médiatisé, avec une équipe de France performante, qui inspire forcément les plus jeunes. C'est là que le danger intervient:

"Pour ce qui est des jeunes en scolaire, ils vont reproduire ce qu'ils voient chez les pros et le rugby pro a beaucoup changé: des joueurs plus puissants, il y a beaucoup plus de contacts alors qu'avant c'était du jeu d'évitement, plutôt que de se rentrer dedans" affirme Jean-Christophe Berlin, médecin du sport, spécialiste des pathologies liées au rugby.

Pour lui, "les joueurs professionnels peuvent subir des chocs que les jeunes ne peuvent pas subir. Ils sont beaucoup plus musclés et mieux préparés face aux chocs que les scolaires."

Une chose est certaine: le sujet crispe à un moins d'un an du Mondial de rugby en France. Le ministère de l'Education se refuse à tout commentaire. Le sujet est sensible. RMC a souhaité suivre en reportage un entrainement de rugby à l'école mais les rectorats nous ont gentiment répondu que ça n'était pas le moment. Des réunions sont en cours pour savoir quand la compétition UNSS pourra reprendre, mais aucune date n'a encore été arrêtée.

Alfred Aurenche avec Maxime Martinez