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Emmanuel Macron en Algérie: les Harkis dénoncent des indemnisations "inéquitables"

Depuis février, les Harkis et leurs descendants peuvent toucher une indemnité pour préjudices s'ils ont vécu dans des camps et des hameaux de forestage seulement. Ceux qui sont allés en ville n'y ont pas le droit. Avant le déplacement d'Emmanuel Macron en Algérie ce jeudi, une partie de la communauté harkie dénonce un traitement inéquitable.

C’est une visite très attendue. Emmanuel Macron se rendra ce jeudi en Algérie pour une visite officielle de trois jours. Le président de la République entend "refonder" durablement une relation abîmée par des mois de brouille mémorielle entre les deux pays.

Une visite sur fond de tension avec la communauté harkie. Une loi promulguée en février dernier a ouvert des droits à l'indemnisation pour une partie d'entre eux seulement et leurs descendants. Ceux qui ont vécu dans des camps ou dans des hameaux de forestage pourront toucher une indemnité pour préjudices.

Or, ce n’était pas le cas de beaucoup de Harkis qui ont choisi de vivre en ville ou dans des cités. Saïd Merabti, fils de Harki, s’est installé en ville avec sa famille à leur retour d’Algérie. Il fait partie de ceux qui ne sont pas indemnisés à ce jour.

“Moi, je me souviens, j’habitais une cité dans les quartiers nords de Marseille qui s’appelle Bassens et quand je sortais m’amuser dehors, ma mère mettait le doigt sur la bouche et me disait ‘ne dis jamais qu’on est des Harkis’. Donc il y avait toujours cette crainte de règlement de compte et ça, les autorités ne le prennent pas en compte. Beaucoup de Harkis disent qu’il y a une loi pour ceux des campagnes et une autre pour ceux des villes. Et ceux des villes ne sont pas pris en compte, en quelque sorte”, détaille-t-il.

Une révision des modalités d'indemnisation espérée

Ce combat, Yamina Chalabi, qui préside une association harkie, le mène aussi. Elle craint même que la situation actuelle divise la communauté.

“On ne peut pas opérer de tri entre ceux qui ont vécu dans ces camps et ceux qui ont grandi en ville. C’est inéquitable. Opérer un tri dans le groupe social harki dessert la loi dans son application et génère des tensions et un fort ressentiment”, appuie la présidente d’honneur de l’association des rapatriés anciens combattants d’Afrique du Nord.

La communauté harkie espère fortement que les modalités d’indemnisation seront révisées au plus vite.

Lionel Dian avec Guillaume Descours