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Homophobie dans le foot: en "colère" après le boycott d'Idrissa Gueye, un ancien arbitre témoigne

Après le refus d'Idrissa Gueye (PSG) de jouer avec le flocage arc-en-ciel pour lutter contre les discriminations qui visent les communautés LGBT, Nicolas Pottier, ancien arbitre assistant international, témoigne sur l'homophobie dans le milieu du foot au micro de RMC.

Idrissa Gueye, le milieu de terrain sénégalais du PSG, n'a pas joué samedi dernier contre Montpellier pour ne pas avoir à porter le maillot floqué de l'arc-en-ciel des fiertés LGBT, arboré par les 20 équipes de Ligue 1 pour la 37e journée, pour lutter contre l'homophobie. Un boycott qui a provoqué la "colère" de Nicolas Pottier (42 ans), ancien arbitre assistant international, qui a arrêté sa carrière en 2016, et président du district de football de la Mayenne. Pour la première fois, au micro de RMC, il évoque publiquement son homosexualité, longtemps cachée, et l'homophobie dans le foot.

"C’est dommageable, explique Nicolas Pottier à propos de cette absence d'Idrissa Gueye. On parle souvent de l’exemplarité du sport de haut niveau. On ne leur demande pas l’impossible, mais au moins de respecter les choses. Et s’ils ne sont pas d’accord, on peut le faire de manière beaucoup plus discrète. Savoir qu’un joueur refuse de jouer avec ce prétexte-là, ça en dit long sur le manque de compréhension du rôle des joueurs de haut niveau, sur le devoir d’exemplarité. On ne leur demande pas d’être d’accord, mais juste d’être exemplaire. Ils oublient trop souvent que des millions de gamins les idolâtrent. Le deuxième sentiment, c’était un peu de colère. On ne demande pas de partager le mode de vie des uns ou des autres, mais juste d’accepter les gens tels qu’ils sont dans la société. Si chacun le faisait, la société se porterait mieux."

"Si c’était à refaire, je ferais différemment"

Cette homophobie, "il serait difficile de la cacher et de dire qu’elle n’existe pas dans les stades", selon l'ancien arbitre assistant. "Il y a eu juste à écouter les chants des supporters pour se rendre compte à quel point c’est présent dans les stades, encore aujourd’hui. La situation ne s’est pas améliorée", estime-t-il. Pendant sa carrière, Nicolas Pottier n'a pas révélé son homosexualité. "C’est toujours compliqué d’affirmer ouvertement les choses. Quand vous avez l’impression de vivre quelque chose de différent, vous n’avez pas envie forcément de le partager. Quand vous voyez comment le monde réagit, ça peut faire peur. Moi, si c’était à refaire, je ferais différemment et je vivrais pleinement les choses, sans regret. Je pense que je ne me serais pas caché."

"C’est l’histoire de ma vie sportive et je pense qu’elle n’est pas isolée, ajoute l'ancien arbitre assistant. Je pense qu’elle est duplicable à des dizaines ou des centaines de jeunes hommes ou de jeunes filles. Si je prends le cas des arbitres, quand votre fonction est déjà compliquée, c’est juste ajouter une couche de complication."

Aujourd'hui, Nicolas Pottier est convaincu que le monde du foot peut aider la lutte contre l'homophobie. "On ne doit pas avoir peur dans le football de lutter contre les formes de discrimination, quelles qu’elles soient, assure-t-il. On doit y contribuer modestement, pour que la force du sport puisse faire améliorer les choses."

Une responsabilité de la Ligue?
Devant cette affaire Idrissa Gueye, le collectif Rouge Direct demande des explications. Julien Pontes est le cofondateur de ce collectif qui lutte contre l'homophobie dans le football. “Quand on est une star du football, quand on est un club de renommée, de prestige international, on a aussi un devoir d’exemplarité. Les chants homophobes, ‘il faut tuer ces pédés de Parisiens, de Marseillais’, on les signale à la ligue, mais elle ne les sanctionne jamais. Donc si elle veut retirer l’homophobie, les discriminations, qu’elle le fasse, qu’elle le dise”, appuie-t-il. Le PSG a précisé qu’il devrait avoir une discussion avec l’international sénégalais.

Guillaume Descours avec Rémi Ink et Léna Marjak