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"Un coup fatal au service public": des voix s'élèvent contre la fin du timbre rouge de La Poste

Le timbre rouge, permettant d'envoyer des lettres prioritaires par La Poste, va disparaître au 1er janvier. Il doit être remplacé par un service numérique qui devrait permettre de réduire de 25% les émissions de CO2 assure le groupe. Mais plusieurs voix s'élèvent contre cette suppression, déplorant la disparition d'un lien social, excluant également des millions de Français qui ne maîtrisent pas le numérique.

C'est une disparition qui va passer inaperçue chez certains, mais bousculer le quotidien d'autres. Dès le 1er janvier 2023, le timbre rouge, le timbre utilisé pour les courriers prioritaires, doit être supprimé. Ce timbre rouge, c'est le timbre utilisé pour les courriers prioritaires. Depuis 1849, il permet d’envoyer son courrier en 24 heures en France. Selon La Poste, la suppression de ce timbre pourrait réduire les émissions de CO2 du groupe de 25% d’ici 2030.

Une solution qui ne plaît pas à tout le monde. Les syndicats s'inquiètent des suppressions de postes et les derniers usagers, eux, se sentent abandonnés par le service public. Souvent installés en campagne et en zone blanche, ces usagers ont un accès très limité à internet. Là-bas, La Poste incarne un lien fort, parfois le dernier lien de proximité.

"Qu'est ce qui empêchait de faire un mix transitionnel?"

Pour Lidye, une habitante de Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine, c'est la stupéfaction: "Il n'y a plus que les verts", déplore-t-elle au micro de RMC. Pourtant elle comme Éveline s’en servait encore du timbre rouge pour payer les factures: "EDF ou Orange, je paye par chèque et donc j'envoie avec un timbre rouge". Car ce timbre permet d'envoyer des courriers plus rapidement qu'avec le timbre vert: "Quand on vous envoie une facture qui met déjà 6 jours à venir et que vous voyez qu'il reste deux jours pour payer, c'est un peu court", raconte Éveline.

Le timbre rouge doit être remplacé par une version dématérialisée en ligne la "e-lettre rouge". Ce sera toujours un courrier distribué le lendemain. Mais pour l'envoyer, il faudra scanner sa lettre rédigée et la télécharger sur le site laposte.fr. En l'absence de scanner ou d'ordinateur chez soi, il sera possible de faire ces manipulations depuis un bureau de poste.

"On est en train de perdre des personnes pour lesquelles La Poste s'est engagée", peste Marie-Hélène Davos, représentante du syndicat FO Communication au sein du groupe La Poste. "Qu'est ce qui empêchait de faire un mix transitionnel pour ne pas exclure 13 millions de personnes définitivement?", interroge-t-elle évoquant les 13 millions de Français qui ne maîtrisent pas le numérique selon l'Insee.

300 millions d'envois prioritaires chaque année

"Ce n'est pas très futé comme dispositif", tacle de son côté Nicolas Galepides, membre du bureau fédéral de Sud-PTT. "Niveau confidentialité, ce n'est pas terrible et pas très efficace", ajoute-t-il estimant que le nouveau système s'apparente plus à un courriel qu'une véritable lettre. "C'est un coup fatal au service public. Même si le courrier baisse, le timbre rouge c'est quelque chose sur lequel beaucoup d'usagers se reposent et aussi de nombreux professionnels", rappelle le syndicaliste.

Selon lui cela risque de poser des difficultés sur les autres services: "On a un courrier prioritaire qui disparaît et le reste de la gamme qui est dégradée avec les lettres vertes qui passent à J+3 au lieu de J+2 en termes d'acheminements. C'est un recul considérable pour un service public plus que séculaire", se désespère Nicolas Galepides.

En 10 ans, le timbre rouge a connu une augmentation de son prix de 148%. Le nouveau service "e-lettre rouge" va coûter 1,49 euro contre 1,43 euro actuellement.

Près de 300 millions d'envois prioritaires via timbre rouge seraient géré chaque année par La Poste selon la branche service-courrier-colis du groupe et 7 milliards de lettres seraient acheminées annuellement. Un chiffre en baisse, divisé par 2 depuis 2013.

Guillaume Dussourt