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Mal-logement: "Moi, Christine, je vis dans 28 m² avec mes filles de 14 et 16 ans"

Une manifestation contre le mal-logement

Une manifestation contre le mal-logement - AFP

TEMOIGNAGE - Selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, plus de 15 millions de personnes sont touchées par la crise du logement en France. Exemple avec Christine et ses deux filles qui vivent dans un appartement de 28 m² dans le XIème arrondissement de Paris. Une situation qu'elle vit très mal.

La Fondation Abbé Pierre dévoile ce jeudi son 21ème rapport annuel sur le mal-logement. Selon cette étude, au total, 3,8 millions de personnes sont mal-logées et 12,1 millions de personnes "fragilisées", soit "15 millions de personnes touchées, avec une intensité diverse, par la crise du logement. Toujours selon les chiffres de la Fondation, on compte 2.000 décès de personnes sans domicile chaque année et l'espérance de vie est de 49 ans pour les sans-abris.

"Je n'invite jamais personne"

Autre conséquence du mal-logement, les problèmes de sociabilisation. Par honte, par renfermement, par souci matériel, difficile pour ceux vivant dans la précarité de faire venir leur famille ou leurs amis comme a pu le constater RMC qui s'est rendue dans le XIème arrondissement de Paris dans l'appartement de Christine (le prénom a été modifié, ndlr). Appartement de 28 m² qu'elle partage avec ses deux adolescentes, de 14 et 16 ans.

Et, comme elle l'explique, avec tant de promiscuité, Christine a fait une croix sur toute vie sociale: "Je n'invite jamais personne. Et personne n'a envie de venir. Je ne fais donc jamais de repas pour les amis". Et d'ajouter: "Du coup, on a une tradition: prendre un café à la terrasse du bar d'en bas". Une petite banquette, un tabouret… difficile de tenir à plus de trois dans la pièce principale. Un vrai problème pour les filles de Christine.

"Les gens ne se sentent pas à l'aise"

"Elles ont besoin d'avoir un bureau, elles n'en ont pas faute de place. Elles utilisent donc la table qui sert à la fois de table de travail et de table à manger", explique-t-elle. Mais il n'y a pas que des inconvénients pratiques. "Ma plus jeune fille aimerait bien éviter plus souvent ses amis mais ce n'est pas possible, se désole Christine. Les gens restent cinq minutes puis s'en vont. Ils ne se sentent pas à l'aise".

Seule solution, partir. Mais cela fait 17 ans que Christine attend un logement social. "J'ai refait une demande de logement, atteste-t-elle. Cela pourrait aider mes filles à avoir une vie sociale un peu normale…" Une demande d'autant plus urgente que son propriétaire lui a demandé de rapidement quitter les lieux…

Maxime Ricard avec Constantin de Vergennes