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Premier temple mormon de France : "On n'avait pas besoin d'un lieu où l'on baptise les morts"

Ouverture du premier temple mormon de France au Chesnay, en région parisienne, le 21 mai 2017

Ouverture du premier temple mormon de France au Chesnay, en région parisienne, le 21 mai 2017 - FRANCOIS GUILLOT / AFP

De nombreux habitants du Chesnay, où a été construit le premier temple mormon de France, remettent en cause les priorités de la municipalité. "Nous n'avons rien contre les mormons mais on ne comprend pas trop l'intérêt de construire un tel temple", estiment-ils.

Situé au Chesnay, à quelques encablures du château de Versailles, le Temple de Paris, le premier temple mormon de France, a été inauguré dimanche. Un projet faramineux de 80 millions d’euros construit pour accueillir les quelques 38 000 fidèles présents en France.

Fondé par Joseph Smith dans l’Etat de New York aux Etats-Unis en 1830, le mormonisme ne figure pas sur la liste des sectes publiée par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Ses fidèles observent un mode de vie très conservateur et ne consomment par exemple ni café ni thé ni alcool. La polygamie est interdite, tout comme les relations homosexuelles. Présents dans le monde entier, les mormons comptent plus de 15 millions de fidèles dans le monde, dont 500.000 en Europe et bénéficient de 156 temples, comprenant désormais celui du Chesnay, entièrement financé par leurs fonds propres.

Une pétition a recueilli plus de 6.000 signatures

Ce lieu de culte, bâti sur un ancien site EDF, ne recueille pas l'approbation de tous les habitants de la commune. Loin de là. Le collectif Avenir 46, en référence à l'adresse du temple situé au 46 boulevard Saint-Antoine, a d'ailleurs lancé une pétition pour s'opposer à sa construction. Elle a recueilli plus de 6.160 signatures.

Plusieurs motifs justifient leur colère. "Nous avons dans un premier temps dénoncé le manque de concertation de la population sur ce projet", explique Martial Pradaud, membre du collectif. "Le maire du Chesnay a toujours l'habitude de communiquer sur les projets d'urbanisme, notamment à travers le magazine de la ville. Mais pour la construction du temple, jamais", regrette-t-il. Alors que les permis de construire sont souvent accordés après plusieurs mois d'attente et de procédure aux particuliers, Martial Pradaud s'étonne par ailleurs que celui du temple ait été délivré en 80 jours par les services de la mairie.

"Nous n'avons rien contre les mormons mais on ne voit pas trop l'intérêt de ce temple"

Autre motif de leur opposition : leur crainte du prosélytisme des fidèles qui pourraient, selon eux, développer le porte-à-porte. Mais c'est surtout l'incompréhension face à un projet d'une telle ampleur qui guide la démarche du collectif.

"Nous n'avons rien contre les mormons", assure Martial Pradaud. "Mais on ne voit pas trop l'intérêt de construire un temple qui ne va rien rapporter à la ville. Le maire aurait pu décider de construire des logements, de créer une pépinière d'entreprises ce qui aurait permis de créer des emplois et de faire rentrer de l'argent dans les caisses grâce aux taxes perçues", suggère-t-il. Au lieu de ça, la mairie finance une partie de la sécurisation du temple, selon lui, en ayant installé des caméras à l'extérieur du bâtiment qui sont reliées au centre de supervision de la ville. "On avait besoin d'emplois et de logements, et non pas d'un lieu où baptiser les morts", un des trois rites avec le mariage éternel et la méditation qui sera pratiqué dans ce temple, conclut Martial Pradaud.

Propos recueillis par Mélanie Rostagnat