RMC

Présidentielle : deux faux débats, une fausse bonne idée

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC. - -

Faute de pouvoir organiser un débat à dix, France 2 devrait organiser deux débats avec cinq candidats, l'un avec François Hollande, l'autre avec Nicolas Sarkozy…

C'est exactement ce qui s'appelle une cote mal taillée. Soit on considère que ce type de débat est nécessaire à la campagne et il faut inviter les dix candidats, comme certains l'ont demandé ; soit on pense que c'est un spectacle assez anecdotique, en tout cas sans intérêt déterminant pour l'élection, et il n'y a pas de raison d'en faire deux. Le résultat donne même une impression désagréable parce que chacun sait que c'est parce que François Hollande et Nicolas Sarkozy ont refusé d'abord le débat à dix, puis de débattre ensemble même à cinq, que France 2 va organiser ces deux émissions. Si l'on se souvient que le point de départ, c'était d'obliger les "grands candidats" à accepter la confrontation, c'est plutôt raté. Quant à la défense du pluralisme, elle a bon dos...

C’est quand même mieux que pas de débat du tout ?

Tout dépend de la forme. On cite beaucoup l'exemple des débats de la primaire PS - qui avaient été très regardés. Mais il ne faut pas les mythifier a posteriori. En fait de débat, c'était des successions d'interviews assez frustrantes : les candidats se répondaient rarement, si bien que la comparaison était difficile. Pour les deux débats de la semaine prochaine, il faut bien dire aussi qu'à partir du moment où les deux favoris ne veulent pas débattre ensemble avant le second tour, il aurait au moins fallu les opposer à ceux qui leur font le plus directement concurrence : Marine Le Pen pour Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon pour François Hollande. Ce n'est pas ce qui va se passer. Résultat : on aura deux émissions avec trop de participants pour que ça ne tourne pas à la foire d'empoigne et trop peu de tension politique entre eux pour que ce soit vraiment intéressant. Voir s'affronter Nicolas Sarkozy et Philippe Poutou ou François Hollande et Jacques Cheminade, on peut s'en passer. Ça ne changera pas le cours de l'élection.

En définitive, il aurait mieux valu se passer de ces débats ?

Bien sûr que non. Si une chaîne veut les organiser, très bien. Mais il faut sortir de l'hypocrisie. Les candidats qui ont réclamé le débat à dix ne l'ont pas fait pour éclairer les électeurs. Ils ont voulu se retrouver, pendant une heure ou deux, devant l'ensemble des Français, sur la même ligne que leurs adversaires, traités de la même façon, dans une fiction égalitariste qui procède du même raisonnement que la comptabilité des temps de parole par le CSA. Évidemment que c'est une mise en scène qui, en abolissant la différence entre les favoris, les outsiders et les micro-candidats, favorise les "petits" au détriment des "grands". Donc c'est de bonne guerre pour les "petits" de vouloir à toute force ces débats. Mais c'est de bonne guerre aussi pour François Hollande et Nicolas Sarkozy de poser leurs conditions.

Peut-être que c'est France 2 qui, dans ces conditions, aurait dû refuser. Est-ce que la chaîne a eu tort de se soumettre à l'exigence de certains candidats ?

Ce qui fausse tout - on l'a déjà dit -, ce sont les règles absurdes du CSA. En réalité, les chaînes devraient être libres d'inviter qui elles veulent quand elles veulent - quitte à compenser le temps de parole de ceux qui ne sont pas invités ; mais sans être obligées de rattraper le temps de parole de ceux qui refusent de venir.

Pour écouter le podcast du Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mercredi 4 avril 2012, cliquez ici.

Hervé Gattegno