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Qu'est-ce que l'urbex? "à chaque fois qu'on pousse une porte, j'ai peur de tomber sur un cadavre"

La piscine Grace Marks

La piscine Grace Marks - Urbex Session

Le phénomène de l'urbex (pour urban exploration, exploration urbaine, NDLR) est en plein boom. De plus en plus d'adeptes s'essaient à cette discipline qui consiste à visiter des lieux abandonnés, la plupart du temps interdits ou au moins très difficiles d'accès. Raphaël, 30 ans, pratique cette activité depuis quatre ans maintenant. A RMC.fr, il raconte sa démarche.

Raphaël, 30 ans, pratique l'urbex depuis quatre ans avec sa compagne, Marie. Il a fondé le site Urbex Session, numéro un en France sur cette thématique:

"L'urbex consiste à explorer, visiter des lieux abandonnés, cachés, oubliés. C'est remonter le passé à travers ce genre de lieux totalement atypiques, surprenants, dangereux, interdits. C'est une sorte de tourisme alternatif. Il s'agit de visiter des lieux que le commun des mortels n'aurait pas l'idée de visiter. Par exemple, et même si c'est un lieu qui commence à être très touristique, Tchernobyl est un des plus grands sites de référence de l'urbex. Jusqu'à peu cette destination n'attirait pas beaucoup en raison de son histoire. Mais, pour les adeptes de l'urbex, le côté abandonné, glauque, morbide et même radioactif du site est très attractif.

Mais cela peut aussi être la visite de parcs d'attractions abandonnés, des châteaux… Il y a vraiment une gamme de lieux impressionnants. Nous, avant de commencer cette pratique-là, on n'aurait jamais soupçonné découvrir autant de choses. Avant, quand on passait devant une maison abandonnée on la considérait comme sans intérêt. En fait, on se rend compte qu'à travers ces lieux abandonnés, on peut découvrir beaucoup de choses intéressantes comme des archives photos dans des châteaux ou des objets personnels. On fait des trouvailles assez exceptionnelles. Parfois, on est même étonnés de la valeur financière de certains objets.

Discoteca Divina
Discoteca Divina © Urbex Session
Hôpital Felix Zehetner
Hôpital Felix Zehetner © Urbex Session

"De l'adrénaline à chacune de nos explorations"

Pour Marie et moi, quand on cherche un site, la priorité est avant tout la beauté et l'histoire de celui-ci. Si on visite un château abandonné par exemple c'est avant tout son architecture qui va nous intéresser. Mais d'autres lieux sont attachés à des faits-divers morbides, comme la maison de Marc Dutroux, abandonnée depuis 1996. Il y a aussi un côté transgressif assez attirant parce que ce sont des lieux dangereux et interdits. On explore donc en essayant d'être le plus discret possible, de ne pas se faire voire du voisinage. Il y a de l'adrénaline à chacune de nos explorations.

Là, par exemple, on part pour le Japon pendant un mois sans connaître le terrain. On n'a pas de guide sur place, on ne sait pas ce que ça vaut. On a fait tout un itinéraire d'exploration mais sans assurance de pouvoir accéder à tous les lieux ciblés. Car dans l'urbex, il y a un taux d'échec relativement important. A chacun de nos road-trip, je pense que l'on a en moyenne 30 à 40% d'échecs. Cela fait partie du jeu. On ne sait jamais ce que l'on va trouver, si l'on va pouvoir y accéder. C'est l'inconnu total. A tel point que l'une de mes plus grandes craintes est de tomber sur un macchabée au détour d'une exploration. Comme il s'agit de lieux abandonnés, à chaque fois que l'on pousse une porte, j'ai toujours peur de tomber sur un cadavre.

Château Belle Gutnness
Château Belle Gutnness © Urbex session
Hôtel Udo Proksch
Hôtel Udo Proksch © Urbex Session

"L'exploration la plus marquante? La visite de la maison de Marc Dutroux"

Pour découvrir un lieu, il faut beaucoup de recherches parce que l'une des règles de l'urbex est de préserver l'anonymat des lieux. Dans notre couple, c'est Marie qui s'occupe essentiellement de cela. Elle passe énormément de temps à à chercher sur internet, à travers l'actualité locale ou nationale, des articles relayant des faillites, des abandons, des désaffections… Après, on peut tomber également sur des reportages d'autres personnes laissant involontairement des indices sur des lieux abandonnés. Cela peut être des plaques avec le nom d'une rue, des factures avec l'adresse du lieu… C'est donc également une sorte de jeu de piste. Enfin, parfois, on tombe sur des lieux totalement par hasard. A force de rouler, on a comme un radar des lieux abandonnés. C'est limite obsessionnel.

Au total, on a fait près de 400 urbex à travers l'Europe. Chaque année, depuis Bordeaux, on part un mois avec la voiture pour aller explorer les quatre coins de l'Europe. L'an dernier, on est allés à Tchernobyl et dans l'Europe du Nord. Il y a deux ans, on a fait l'Europe de l'Est. Et cette année, nous allons donc plus loin en partant pour le Japon. C'est un budget mais c'est une passion. Et s'il fallait ressortir une exploration, je pense que la plus marquante, d'un point de vue lourdeur et histoire, est certainement la visite de la maison de Marc Dutroux".

Clinique Dahmer
Clinique Dahmer © Urbex Session
Parc d'attraction Gacy Land
Parc d'attraction Gacy Land © Urbex Session
Propos recueillis par Maxime Ricard