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Barrages bloquants, manifestations: on vous explique la grogne des soignants et des sapeurs-pompiers en Guadeloupe

Depuis une semaine, l'île est touchée par un important mouvement social.

Le démantèlement des barrages bloquants a commencé dimanche en Guadeloupe où sont arrivés les renforts de forces de l'ordre partis de la métropole, mais les violences se poursuivaient contraignant le rectorat à suspendre lundi l'accueil des élèves dans les écoles, collèges et lycées.

Depuis une semaine, l'île est touchée par un important mouvement social. L'Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), en pointe de la contestation appelle d'ailleurs à "poursuivre la mobilisation et à renforcer les piquets de revendications populaires". Au coeur des revendications: le refus de l'obligation vaccinale pour les soignants et la situation économique et sociale inquiétante de ce département d'outre-mer.

Au-delà de la contestation de l'obligation vaccinale pour les soignants, la mobilisation traduit également "la profondeur des souffrances, des inégalités, de la pauvreté et de l'exclusion subies par la population, singulièrement les jeunes et les personnes âgées", a-t-elle poursuivi. Dans ce département, le taux de chômage est deux fois plus élevé qu'en métropole. 

Renforts de Paris

Les renforts de policiers et de gendarmes envoyés de métropole, notamment 50 membres des unités du GIGN et du Raid, sont arrivés samedi soir dans l'île. Certains axes ont été dégagés, comme "la route des Mamelles", qui traverse le Parc national au centre de la Basse-Terre. Mais une dizaine de barrages "renforcés dans l'après-midi" restaient en place, en plusieurs points stratégiques de l'archipel.

Ces barricades faites d'objets hétéroclites, comme des tôles, des conteneurs de poubelles, ou d'arbres, sont tenues par "15 à 50 personnes" souligne le colonel Jean-Pierre, du commandement de la Gendarmerie de Pointe-à-Pitre. Des groupes qui peuvent "se reformer" quelques heures après avoir été dispersés.

Trente comparutions immédiates

La poursuite "des violences urbaines, exactions et autres entraves à la circulation", a conduit le rectoral à suspendre lundi l'accueil des élèves "dans les écoles, collèges et lycées" de la Guadeloupe continentale. "La situation reste incertaine concernant le trafic routier et la possibilité pour les personnels et les élèves de se déplacer sans encombres et en toute sécurité semble compromise à ce stade", indique-t-il dans un communiqué.

Trente personnes seront jugées lundi en comparution immédiate à Pointe-à-Pitre, soupçonnées d'avoir participé aux violences urbaines qui agitent l'île depuis une semaine, a indiqué dimanche soir le procureur de la République, Patrick Desjardins.

La nuit de samedi à dimanche est restée agitée dans les rues et sur les routes de l'île, entre barrages routiers, incendies et pillages qui ont débouché sur 38 interpellations dans la nuit et fait deux blessés chez les forces de sécurité. Ces incidents ont eu lieu malgré le couvre-feu qui court jusqu'à mardi matin, chaque nuit de 18 heures à 5 heures. 

Dans plusieurs communes de l'île, des magasins alimentaires ont été pillés, mais aussi des pharmacies. "A chaque fois, une barricade placée en amont nous empêchait d'avancer", selon les gendarmes qui témoignent aussi de soupçons de "faux appels pour nous attirer ailleurs, tout comme les pompiers". Dans la commune de Morne-à-l'Eau, un poste de police a été incendié. Selon la préfecture, quatre pharmacies ont été ainsi fracturées.

"Fermeté"

La réponse de l'Etat se veut d'abord celle de "la fermeté", a affirmé dimanche le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, en qualifiant la situation d'"intolérable et inacceptable" en Guadeloupe.

"Cette petite minorité qui bloquait par les mots, par les paroles (la vaccination), aujourd'hui elle s'est radicalisée et elle essaie de les bloquer, de les intimider par la violence", a-t-il dénoncé, évoquant des "soignants menacés", "des pharmacies empêchées d'ouvrir" et "les ambulances bloquées sur les barrages".

Depuis l'été, le taux de vaccination a progressé en Guadeloupe, avec désormais un taux de près de 90% des soignants vaccinés, et approchant 50% dans la population générale.

Surpris par la crise, le gouvernement cherche des relais sur place: plusieurs élus locaux, dont le sénateur Victorin Lurel, invité de RMC ce matin, estiment que le Covid-19 n'est qu'un "prétexte" et dénoncent une défiance systématique contre toute forme d'autorité.

Certains élus réclament aussi que Jean Castex, le Premier ministre, se rende sur place au plus vite. 

Par ailleurs, ce lundi, Emmanuel Macron a lancé un appel au calme face à la "crise très explosive" en Guadeloupe, en proie à des violences urbaines et des pillages, alors que Jean Castex reçoit dans l'après-midi les élus de l'île antillaise où des renforts policiers ont été dépêchés.

"On ne peut pas utiliser la santé des Françaises et des Français pour mener des combats politiques" et "il faut que "l'ordre public soit maintenu", a souligné le chef de l'Etat, insistant sur "une adhésion croissante à la vaccination" sur l'île, malgré l'opposition d'une "toute petite minorité".
La rédaction de RMC (avec AFP)