RMC

Dupin Quotidien : vers le déremboursement des traitements anti-Alzheimer?

La ministre de la Santé devrait annoncer dans quelques jours le déremboursement des médicaments anti-Alzheimer. Une mesure qui toucherait près de 850.000 patients et concernerait quatre médicaments. Pour la Sécurité sociale, le budget total de ces derniers s'élève à 90 millions d'euros par an.

Il y a aujourd’hui 4 médicaments utilisés en France pour traiter les symptômes de la maladie d’Alzheimer. Cela concerne environ 850.000 personnes. Budget total pour la Sécurité sociale: environ 90 millions d’euros par an.

Mais voilà, leur intérêt médical est insuffisant pour justifier leur prise en charge collective. Le gouvernement devrait suivre les recommandations formulées par la Haute Autorité de Santé dès 2016, et même 2011. Certains laboratoires ont déjà pris les devants: Janssen par exemple, annonce qu’il arrêtera de commercialiser le Reminyl à partir du 30 novembre.

Aujourd’hui, environ 10% des malades d’Alzheimer prennent un traitement d’après l’association France Alzheimer. Si les patients ont le statut 'affection longue durée' auprès de l’Assurance maladie, le médicament est remboursé à 100%. Sinon, à 15% seulement, avec complément des mutuelles. D’après la Fondation Médéric Alzheimer, un médicament coûte entre 75 et 90 euros par mois. Il faut rajouter le coût du suivi médical, pour un à deux rendez-vous par an, 82 euros en moyenne. Evidemment, si la personne arrête de prendre le médicament car il n’est plus remboursé, ses frais de suivi médical peuvent baisser.

Des médicaments qui soulagent

Il s’agit d’un geste symbolique. Il faut savoir que la maladie d’Alzheimer est pour l’instant incurable. Aucun traitement ne permet de la guérir. Mais des médicaments peuvent soulager les patients, en rétablissant la transmission entre les neurones, principal symptôme de la maladie.

Supprimer le remboursement de ces médicaments, c’est enlever une béquille, une aide à des milliers de patients et d’aidants. Et avec ça, les laisser seuls face aux effets de la maladie. La rendre moins officielle.

En 2011, la Commission pour la Transparence justifiait le maintien du remboursement parce que ces traitements permettent de maintenir un lien thérapeutique entre le médecin et le patient. C'est aussi pour ça que la ministre de la Santé de l'époque Marisol Touraine avait refusé le déremboursement immédiat.

Des alternatives non-médicamenteuses

Ateliers d'art thérapie, ateliers de mobilisation cognitive, programme d'éducation thérapeutique du patient pour le rendre acteur de sa propre maladie. Des alternatives pour stimuler le patient, et éviter les effets secondaires des médicaments, notamment cardiovasculaires d’après le guide de la Haute Autorité de Santé.

Mais elles doivent être complémentaires du traitement médicamenteux et non s’y substituer pour les associations. Surtout que d’après une récente étude britannique, arrêter de prendre un médicament peut empirer les symptômes d’Alzheimer. Le syndicat de médecins MG France est clair: il va falloir beaucoup de pédagogie de la part des acteurs de santé pour rassurer les patients.

Anaïs Bouitcha (avec P.B.)