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"Expliquez-nous": Trump accuse l'OMS d'être la "marionnette de la Chine", a-t-il raison?

Tous les matins à 7h50, Nicolas Poincaré propose sur RMC une chronique pédagogique mais personnelle sur une actualité du jour.

L’Organisation Mondiale de la Santé a accepté mardi l’ouverture d’une enquête sur sa gestion de la pandémie, accusée par les Etats-Unis d’avoir tardé à réagir et, surtout, d'être sous l’influence de la Chine. 

Alors déjà l’OMS, c’est quoi? C’est l'une des agences de l’ONU. L’Unicef s’occupe des enfants, l’Unesco, basée à Paris, s’occupe de la Culture, l’OMS basé à Genève traite de la Santé. C’est une grosse machine: il y a 194 pays membres pour 4,5 milliards de budget, et 7.000 salariés.

Longtemps, elle s’est contentée d’émettre des avis et des recommandations, comme par exemple en faveur de l’allaitement maternel. Mais elle a aussi connu des succès formidables comme l’éradication de la variole. Et puis, depuis peu, elle s’est dotée d’une cellule de crise. Un programme d’urgence justement chargé de réagir aux crise comme celle que nous traversons. 

Mais les Etats-Unis estime que l’agence a très mal géré cette crise et lui lance donc un ultimatum: Donald Trump considère que l’OMS est une “marionnette” de la Chine, qu’elle n’a pas réussi à obtenir les informations dont le monde avait besoin et que cet échec a coûté de très nombreuses vies humaines.

Par conséquent, Donald Trump, qui a déjà suspendu le versement de la quote-part américaine, menace maintenant de se retirer définitivement de cette instance. Et ce n’est pas une petite menace: Washington est de loin le plus gros contributeur de l’OMS. 

Trump a lancé un ultimatum: l’OMS a 30 jours pour organiser une enquête indépendante sur sa gestion de l'épidémie. L'assemblée mondiale de l‘organisation a cédé et accepté cette enquête qui commencera lorsque la crise sera passée. Même Pékin a finalement donné son accord.

Que risque de dévoiler cette enquête? 

Effectivement, les Chinois ont tardé à annoncer que le Covid-19 était très contagieux. Un retard d’au moins trois semaines qui a eu de lourdes conséquences. L'enquête montrera aussi sans doute que le directeur général de l’OMS a été assez complaisant vis-à-vis de la Chine. 

Tedros Adhanom Ghebreyesus est un ancien ministre éthiopien: c’est-à-dire issu d’un régime communiste autoritaire. Cela crée évidemment des liens avec les Chinois. Et d’ailleurs, il doit son élection au soutien de Pékin. Avant lui, l’OMS a été dirigée pendant 11 ans, par une Chinoise, Margaret Chan, qui a placé ses pions. On peut dire que l’OMS est la première grande organisation internationale non pas infiltrée mais bien contrôlée par la Chine.

Et cela a eu des conséquences sur la gestion de la crise: l’OMS a reçu sa première alerte sur le virus de Wuhan dès le 31 décembre dernier. Mais cette alerte provenait de Taiwan, la petite île chinoise qui n’a jamais accepté le régime communiste... et qui reste un sujet tabou. Personne n’a osé, à l’OMS, interroger les Chinois sur cette accusation de leur pire ennemie. Et d’ailleurs, mardi, à l'assemblée générale, la Chine a obtenu que Taiwan ne retrouve pas son siège d’observateur dans l’organisation.

Autre reproche que l’on peut faire au directeur général de l’OMS: une déclaration début février où il disait qu’il n'était pas nécessaire de prendre des mesures pour limiter les voyages et le commerce international. Les faits vont lui donner tort. Et Donald Trump qualifie cette déclaration de "criminelle", même s’il est assez mal placé pour donner des leçons...

Bras de fer sino-américain

Au delà de l'OMS, on assiste un bras de fer entre les Américains et les Chinois. Une sorte de nouvelle "guerre froide". Lors de l’assemblée mondiale, le représentant américain a donc eu des mots très dur contre Pékin. Donald Trump voudrait faire payer des réparations à la Chine ou instaurer des taxes punitives. Et les Chinois, eux, essaient de se donner le beau rôle. Xi Jinping est intervenu par visioconférence et a promis que le vaccin, si la Chine le mettait au point, serait partagé avec le reste du monde. Il entend ainsi prendre le leadership mondial de la lutte contre l'épidémie. Et faire oublier les mensonges par omission des premières semaines. 

Et cette guerre froide entre les deux géants se joue aussi dans les labos et a travers des communiqué triomphants. La Chine a annoncé qu’elle pensait mettre au point un traitement à base d'anticorps prélevés sur des malades guéris. Ca marche sur les souris. 

Et en ce qui concerne le vaccin, les deux programmes de recherche les plus avancés sont... chinois et américain. L’un est mené par l’institut médical de l’armée chinoise, l’autre par une start-up du Massachussets. Une course au vaccin qui fait penser à la course à l’espace entre l’Amérique et la Russie lors de la précédente guerre froide.

Nicolas Poincaré