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"J'ai la trouille": ces Français traumatisés par l'épidémie qui ont désormais peur de ressortir

Touchés par le coronavirus ou simplement paniqués par les informations, certains ont désormais peur de ressortir après huit semaines de confinement, alors que la menace du covid-19 plane toujours.

Rencontrée dans la cour intérieure de son immeuble, Nathalie n’est sortie que trois fois de son appartement depuis le déconfinement le 11 mai dernier: "Comme j’ai peur, je me suis complètement renfermée", explique cette agent immobilier.

Elle assure avoir été traumatisée par les mises en garde des médecins et les images tournées dans les hôpitaux: "On avait l’impression que si l’on attrapait ce truc, on finissait en réa. On ne nous avait pas dit que cela pouvait être qu’une grosse grippe". Et la fin du confinement n’a rien arrangé pour cette maman: "Ma fille recommence ses trucs d’adolescents de 18 ans, les copines et les copains"...

"C’est terrible, on n'aura plus jamais de liberté"

Pourtant Nathalie a elle-même été confronté au virus. Elle est tombée malade fin mars. Aujourd’hui, elle n’a plus de symptômes mais n’arrive pas à retrouver une vie normale:

"On entend les gens dire 'la vie ne sera plus jamais comme avant'. C’est terrible, on n'aura plus jamais de liberté. On ne pourra plus tendre la main ou serrer quelqu’un dans ses bras. Il y a des petites phrases clés comme ça qui m’ont bousculé", explique Nathalie.

Un témoignage partagé par Michaël, un auditeur de RMC, qui confiait son mal-être lundi en direct: "Même avec un masque j'ai peur de sortir".

Pareil pour Sylvie: victime d'agoraphobie, son appréhension du déconfinement grandit au fil des jours: "C'est carrément l'horreur"souffle-t-elle à Jean-Jacques Bourdin.

"Les gens ne savent plus à qui se vouer"

En plus de ces conséquences psychiques, les professionnels parlent également de syndromes physiques: les doigts qui picotent, des jambes cotonneuses ou des problèmes respiratoires.

Le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer met en cause un trop plein d’informations: "A force d’avoir des injonctions contradictoires et paradoxales, les gens ne savent plus à qui se vouer et se recroquevillent sur eux-mêmes, développant des craintes et des mal-êtres", explique-t-il.
Sur RMC, le docteur Florian Ferreri, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, spécialiste de l’anxiété et de la dépression, a apporté un élément de réponse: "On se construit un parcours à l'avance, choisir des horaires quand il y a moins de monde. C'est quand même important, dans la mesure du possible, de se ré-exposer progressivement au danger, pas se mettre dans le rouge tout de suite, mais pas à pas."

Et le spécialiste craint que pour certains, les traumatismes liés au confinement ressortent dans quelques mois voire quelques années. La pandémie de coronavirus a touché 4 millions de personnes dans le monde, faisant 318.534 morts.

Florian Chevallay et Benjamin Pelsy (avec Guillaume Dussourt)