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Maltraitance des étudiants en santé: "j'ai été surprise de la violence de certains témoignages"

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Dans son livre Omerta à l'hôpital, le docteur Valérie Auslender, médecin généraliste à Sciences Po, relaie les témoignages de maltraitance d'étudiants dans le monde de la santé. Des témoignages qui reflètent le malaise de bon nombre de ces étudiants qui n'osent généralement pas raconter ce qu'ils subissent.

Valérie Auslender est médecin généraliste rattachée à Sciences Po, elle a écrit le livre Omerta à l'hôpital (Ed. Michalon):

"J'ai fait des études de médecine, donc j'ai été témoin de certaines choses mais j'ai été scandalisée quand j'ai reçu les témoignages. C'était au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je n'étais pas surprise du nombre de témoignages après mon appel, je m'attendais même à en recevoir plus.

J'en ai reçu 130, nous en avons gardé 90 dans le livre. J'ai été surprise de la violence de certaines agressions. Par exemple, une étudiante raconte qu'on lui met la tête dans les excréments d'une personne âgée pour faire rire l'équipe. Il y a aussi beaucoup de témoignages de harcèlement sexuel.

Personne n'en parle parce qu'il faut respecter la hiérarchie. Les étudiants ont peur des représailles, de ne pas se faire valider un stage. Il y a une banalisation de ces violences, donc quand ils arrivent dans les hôpitaux, on leur dit que finalement c'est comme ça, que ça fait partie du système et que ça a toujours été comme ça. Les étudiants plus âgés l'ont aussi vécu, c'est reproduit d'années en années.

"Compliqué de rompre cette loi du silence"

C'est un système de formation qui est basé sur le compagnonnage, c'est aussi pour cela que les étudiants ne peuvent rien dire. Ils se retrouvent avec les personnes qui les forment et qui les maltraitent. C'est compliqué de rompre cette loi du silence parce que derrière, il y a une validation de stage.

Et puis souvent, ils ne sont pas crus. Qu'il s'agisse au sein de l'hôpital mais aussi dans leur entourage personnel. Et eux qui sont victimes de harcèlement moral, sont dans un processus destructeur qui fait que la personne se retrouve sans individualité et pense qu'elle mérite les violences qu'elle subit.

C'est d'autant plus compliqué d'aller se plaindre parce que la personne pense alors qu'elle est un boulet.

C'est pour ça que le livre a eu un tel impact, c'est que personne n'a jamais osé en parler. Moi, ça m'a scandalisée pendant toutes mes études, ces violences ne m'ont jamais semblé normales. Je n'avais pas fait des études pour voir ça et être dans cette atmosphère violente. Et puis, on est censé être dans un milieu bienveillant, humain.

"Les maltraitances ont détruit leur vie"

L'étude que j'ai réalisée montre que 40% des étudiants en médecine ont déclaré avoir déjà subi des pressions psychologiques. Et je pense que ce chiffre est en-dessous de la réalité.

Comme la plupart des experts l'expliquent, les étudiants qui vont jusqu'au bout de leurs parcours sont ceux qui tolèrent sans rien dire, au risque de parfois accepter l'inacceptable par peur de ne pas se faire valider leurs stages et pour aller jusqu'au bout de leurs études.

Mais la plupart de ceux qui ont témoigné ont, soit arrêté leurs études, soit se sont reconvertis ou ont pris une année de césure pour 'faire un break'. D'autres sont allés jusqu'au bout en précisant qu'ils 'ne feront probablement pas ce métier toutes leur vie', tellement la désillusion a été forte et les maltraitances ont détruit leur vie. Enfin, d'autres veulent aller jusqu'au bout mais se promettent de ne jamais reproduire ce qu'ils ont vécu". 

Propos recueillis par Paulina Benavente