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Pourquoi le géant du tabac Philip Morris est-il accusé de "trafic de cigarettes"?

EXPLIQUEZ-NOUS - Le géant du tabac Philip Morris  fait même l’objet d’une plainte: la marque alimenterait elle-même le marché noir en France.

Ce n'est pas la première fois qu’on accuse les géant du tabac d’alimenter eux même le trafic de cigarettes, mais on manque toujours de preuves. Mais cette fois, l’accusation est sérieuse, car c’est un collaborateur externe de Philip Morris qui a déposé cette plainte à New York.

Ce collaborateur est Raoul Setrouk. Il dirige une société d’étude à Genève qui travaillait depuis 20 ans avec Philip Morris, sur la lutte contre le commerce parallèle de tabac. Mais au début de cette année, Philip Morris met fin à son contrat.

Raoul Setrouk accuse Philip Morris de lui avoir volé son savoir faire: et dans sa plainte de 19 pages, il détaille le système de fonctionnement de Philip Morris: il raconte des logiciels espion pour écouter des téléphones portables et c’est dans ces documents qu’on comprend comment Philip Morris inonderait le marché français de cigarettes illégales.

Que révèlent les documents?

On apprend c’est le géant du tabac Philip Morris lui-même qui approvisionnerait le marché noir français. C’est-à-dire qu’il n’y a pas ou très peu d’usine fantôme, illégale, cachée quelque part pour produire des cigarettes contrefaites. Les cigarettes de contrebande, elles sont produites dans les usines des plus grands cigarettiers et elles disparaissent curieusement à un moment ou un autre de la chaine de production. 

Comment arrivent-elles en France?

C’est ce que Raoul Setrouk révèle pour Philip Morris, les cigarettes de contrebande arrivent en France via l’Algérie où une cartouche coûte 17 euros en moyenne, soit 1,70 le paquet de cigarette.

C’est donc très intéressant de surproduire des cigarettes en Algérie c’est à dire de produire beaucoup plus que ce qui va être effectivement consommé dans le pays ; les paquets supplémentaires étant destinés à la contrebande, en France.

Comment transporte-t-on ces cigarettes d’Algérie en France? 

Les cigarettes sont transportées dans des conteneurs, des camions. On en attrape quelquefois, mais pas souvent. Mais aussi, et ça c’est beaucoup plus difficile à combattre, par ce que les douaniers appellent le trafic fourmi. Un simple bagage rempli de cartouches par exemple. Et il est impossible pour les douaniers de contrôler tous les bagages qui arrivent d’Algérie, en bateaux, en bus ou en avion. 

Vers une plainte en France?

Cela a déjà fait l’objet d’une question au gouvernement, fin novembre, de François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône. Contacté par RMC, il a assuré qu'il le 4 janvier, pour déposer sa plainte. La justice américaine a en effet jusqu’au 4 janvier pour décider de poursuivre, ou pas, Philip Morris. 

Qu'a-t-on à gagner avec cette plainte?

Les enjeux sont énormes puisqu’une cigarette sur 4 ou sur 5 fumée en France n’a pas été achetée chez un buraliste français. Beaucoup sont achetées dans les pays transfrontaliers mais quasiment 1 sur 10 est issu de la contrebande et c’est évidemment un gros manque à gagner pour l’Etat. 

Cette année, avec le confinement, et la fermeture des frontières, les rentrées fiscales du tabac ont rapporté 2 milliards de plus que l’an passé, c’est dire que faire disparaitre le marché noir, c’est beaucoup d’argent en plus dans les caisses de l’Etat.

Quid de la traçabilité des cigarettes?

Depuis un an et demi, il y a un numéro d’identification unique sur tous les paquets, mais ce n’est pas forcément la solution. Car une fois que les douaniers bipent un paquet de cigarettes de contrebande ; c’est évidement l’industrie du tabac qui, seule, pourra vous dire, d’où vient ce paquet…

Donc si c’est eux qui organisent en effet la contrebande, tout ça ne vaut plus grand chose. C’est pour ça que la plainte de Raoul Setrouk, qui détient une partie du secret, pourrait être la pièce du puzzle qui pourrait tout changer… 

Bérangère Bocquillon