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Profils "hétérogènes", continuité des "gilets jaunes": qui sont les manifestants contre le pass sanitaire?

20 000 manifestants contre le pass sanitaire hier dans toute la France.

20 000 manifestants contre le pass sanitaire hier dans toute la France. - AFP

Les manifestations de samedi contre l'extension du pass sanitaire et la vaccination obligatoire des soignants, auxquelles ont participé plus de 110.000 personnes en France, ont rassemblé des profils hétérogènes, des Français en colère, dans la continuité du mouvement des "gilets jaunes".

Quel est le profil des manifestants?

Dans la foulée du discours d'Emmanuel Macron le 12 juillet, dans lequel il a annoncé l'extension du pass sanitaire et l'obligation de la vaccination pour les soignants, le mot clé #dictature s'est imposé sur les réseaux sociaux. Les appels à manifester se sont multipliés.

Dans les cortèges samedi, "la dimension disparate et hétérogène des manifestants était une évidence", a dit à l'AFP le politologue spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, qui s'est rendu au rassemblement organisé à l'appel de Florian Philippot, ex-numéro 2 du FN et candidat à la présidentielle. 

 Beaucoup revendiquaient "la liberté de se faire vacciner ou pas". Parmi eux, Hélène Millet, 47 ans, professeure d'histoire et géographie: "A la rentrée si la vaccination est obligatoire je n'irai pas en cours", a-t-elle dit à l'AFP. Jean-Yves Camus a vu "des autocollants de l'Action française", mais aussi "des gens 'qui ne joignent pas les deux bouts', des libertariens, des personnes vaccinées" etc. 

Ces manifestations lui rappellent les "toutes premières manifestations des gilets jaunes, avec une violence verbale forte dans certaines expressions utilisées et symbolique", comme des représentations d'Emmanuel Macron en dictateur. 

Pour Vincent Martigny, professeur de Sciences politiques à l'Université de Nice, les manifestants étaient "en moyenne moins diplômés que la population générale". "Ils ont un rapport avec la politique basé sur la colère, qui s'exprime soit par l'abstention ou un vote pour un parti antisystème", analyse-t-il.

Quelles sont les principales revendications de ces manifestants?

Le cortège parisien s'est élancé aux cris de "Liberté!". Dans ce rassemblement, se trouvait le "gilet jaune" Jérôme Rodrigues: "On est là pour les revendications des gilets jaunes et les restrictions des libertés", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Pour une grande partie des manifestants, l'extension du pass sanitaire est vue comme une énième privation de liberté, dans le prolongement de la crise des gilets jaunes", analyse Vincent Martigny. "Les deux événements ne peuvent pas être décorrélés: la crise des gilets jaunes a marqué une vraie déchirure avec une partie du corps social, et un "esprit gilet jaun"+ reste présent dans la société".

Pour Jean-Yves Camus, les participants aux manifestations "ont l'impression de vivre dans un régime qui de plus en plus s'apparente à une dictature, un régime liberticide, le pass sanitaire n'étant qu'une mesure parmi une série d'événements qu'ils jugent liberticides". 

Ils ciblent Emmanuel Macron. "Ils sont convaincus depuis son élection qu'ils sont dirigés par un dictateur illégitime et que l'Etat crée le prétexte de la pandémie pour ficher la population", estime le politologue.

Ce mouvement peut-il monter en puissance?

"114.000 manifestants, ce n'est pas rien", reconnaît auprès de l'AFP une source proche du gouvernement, qui s'inquiète d'une montée en puissance du mouvement qu'elle compare à "un magma". 

Dans l'Isère et dans les Pyrénées-Atlantiques, des centres de vaccination ont été vandalisés et incendiés dans le week-end. La permanence du président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM) à Châteaulin (Finistère) a été envahie vendredi par une quinzaine de manifestants antivaccins. Il a par ailleurs porté plainte à la suite de menaces de mort reçues par des députés.
"Le mois d'août n'est pas propice à la mobilisation sociale", souligne cependant Jean-Yves Camus. Mais se pose déjà la question de la rentrée: "tout va dépendre de la dynamique de la pandémie pendant l'été, si elle continue d'accélérer ou si elle régresse". "Le risque pour l'exécutif serait la coalition des mécontentements centrés autour de la question du pass sanitaire dans les prochaines semaines", estime Vincent Montigny.

Pour un cadre du renseignement, "il y a incontestablement plusieurs centaines de personnes qui peuvent basculer dans la violence, sans qu'elles soient forcément connues comme appartenant à des groupuscules ultra". "Ce qui les anime, c'est la colère, une frustration individuelle et une défiance extrême à l'égard de tout ce qui porte la marque de l'État".

Comment les repérer? Sur les réseaux sociaux, "la difficulté (...) est de détecter ceux qui vont réellement avoir recours à la violence parmi les milliers de messages ultra violents".

La rédaction de RMC avec AFP