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Refus d’affichage de la campagne de Médecins du Monde: "C’est presque de la censure !"

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Médecins du Monde dénonce les prix exorbitants de certains médicaments dans une nouvelle campagne choc qui ne sera pas diffusée sur les canaux classiques. Le Docteur Jean-François Corty, directeur des opérations internationales de l'association, parle de "censure" sur RMC.

"Bien placé, un cancer peut rapporter jusqu'à 120.000 euros." C'est l'un des slogans de la nouvelle campagne publiée ce lundi matin par l'association Médecins du Monde, qui entend dénoncer les prix exorbitants de certains médicaments et l’opacité qui entoure la manière dont ces prix sont fixés par les laboratoires.

"Il y a manifestement un tabou, il est quasiment impossible de parler de la manière dont les autorités fixent le prix des médicaments avec les laboratoires pharmaceutiques", déplore le Docteur Jean-François Corty sur RMC.

Le directeur des opérations internationales de Médecins du Monde évoque en particulier des traitements "qui valent 400 fois leur coût de production".

"Le Keytruda, 100.000 euros par an et par patient"

Sur son site, l’association cite plusieurs médicaments en particulier. Il y a par exemple le Sofosbuvir, un antirétroviral à action directe efficace contre le virus de l’hépatite C. "Le traitement de 12 semaines est vendu 41.000 euros par patient alors qu’il ne coûterait que 100 euros à produire, selon une étude du chercheur Andrew Hill", explique Médecins du Monde.

Il y a aussi certains traitements contre le cancer, comme le Glivec, utilisé pour combattre la leucémie, "vendu 40.000 euros par an et par patient pour un coût de production estimé à seulement 200 euros". Ou encore le Keytruda, utilisé contre le mélanome, "annoncé à un prix de 100.000 euros par an et par patient".

Une campagne qui "nuit à l'image" des labos?

La campagne de l’association se décline en douze affiches, qui devaient à l’origine être accrochées dans le métro, sur les abribus et autres panneaux publicitaires. Mais plusieurs publicitaires et la RATP ont refusé de les diffuser sur leurs canaux.

"C’est presque de la censure, dénonce le Docteur Corty. On nous a potentiellement reproché que cette campagne était trop incisive, qu’elle pouvait induire des doutes, nuire à l’image des laboratoires pharmaceutiques."

Mise en cause de l'Etat

L'association diffusera tout de même la campagne mais par d'autres biais: affichage sauvage, réseaux sociaux, internet, presse écrite... Elle appelle l'État à jouer son rôle de régulateur pour limiter l'inflation des prix et dénonce l’impossibilité d’un débat transparent :

"Nous dénonçons les insuffisances des autorités françaises qui devraient pouvoir casser les brevets et faire en sorte que les médicaments génériques puissent pénétrer notre marché, ce qui n’est pas fait", s'insurge le Docteur Corty.

Outre les laboratoires, ce sont donc aussi les autorités sanitaires qui sont mises en cause par l’association à travers cette campagne. "Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations. Il est maintenant temps que Marisol Touraine agisse en ce sens : ce n’est pas au marché de faire la loi, c’est à l’Etat", dénonce Médecins du monde, qui a mis en ligne une pétition adressée à la ministre de la Santé.

Charlie Vandekerkhove avec Romain Poisot