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Semaine de mobilisation contre l’illettrisme: la cuisine pour se remettre à lire et compter

L'illettrisme, ou l'incapacité de maîtriser les compétences de base nécessaires en lecture, écriture et calcul, touche encore 2,5 millions de personnes en France. A l’occasion de la semaine d’actions contre l’illettrisme, reportage auprès d’une association qui lutte de façon originale contre ce fléau.

Difficultés à lire une liste de courses, un programme télé ou prendre de l'argent dans un distributeur... L’illettrisme, qui se définit par l'incapacité de maîtriser les compétences de base nécessaires en lecture, écriture et calcul pour être autonome dans des situations simples de la vie quotidienne, touche encore 2,5 millions de personnes aujourd’hui en France. Pour faire tomber ce tabou et montrer que des solutions existent, à partir de ce mardi jusqu’au 13 septembre est organisée la deuxième semaine d’actions contre l’illettrisme, avec ateliers d'écriture, rencontres, expositions et mise en place d’un numéro vert (illettrisme info service au 0800.11.10.35).

La plupart du temps, c'est en zone rurale qu'on retrouve ces personnes qui ne maîtrisent pas le français ou le calcul. A cette occasion, reportage dans le Loiret, où une association de réinsertion de la ville de Gien utilise toutes les méthodes pour lutter contre ce fléau.

Pourquoi la cuisine? "Il faut savoir lire, compter"

A 9h30, dans les locaux de l’association Oxygene, c’est l'heure de passer aux fourneaux. "Vous ne trouvez pas qu’elles ont de beaux tabliers?", interroge Marie-Madeleine, la directrice du centre. La cuisine pour lutter contre l'illettrisme, c’est la méthode qu’elle a imaginée pour remettre des mots sous les yeux des personnes touchées. Pourquoi la cuisine? Parce qu'"il faut savoir lire, parce qu’il y a des recettes, il faut savoir compter, il faut savoir mesurer. Et l’illettrisme c’est tout ça", explique-t-elle simplement.

Rapidement, elle donne à voir un exemple concret, en débutant la recette d’un gratin de courgettes. "L’étape une, il faut la lire à voix haute", indique-t-elle aux participants à cette session. "Alors, c’est écrit quoi? Il faut lire", les encourage-t-elle. "Faire cuire", déchiffrent en retour deux d’entre eux. Les mots sont simples, mais sont l’occasion d’un vrai apprentissage.

Marguerite, en difficulté avec le français, en a bénéficié pendant plusieurs mois. "La difficulté, c’est surtout au moment de m’exprimer en français. Trouver mes mots", témoigne-t-elle. "Pour remplir un questionnaire, j’avais des difficultés. Alors je cherchais dans un dictionnaire. J’ai beaucoup de choses encore à apprendre." Comme elle, une quarantaine d’hommes et de femmes passent chaque mois par les locaux de l’association.

"Certaines personnes ont appris, elles ont su. Elles étaient dans une situation d’isolement telle qu’elles n’ont pas entretenu leurs savoirs", détaille Marie-Madeleine. "On ne va pas lire ni le journal, ni un livre, ni une bande-dessinée et là on va oublier les mots."

"Peur d’être catalogués"

Selon la directrice du centre, ils sont de plus en plus nombreux à venir. Et leur handicap est souvent très difficile a détecter. "Ils ont peur d’être catalogués. Donc la plupart du temps, quand il leur manque un savoir de base, ils le cachent." Comme cette "jeune femme travaillait pour un éleveur et vendait des fromages de chèvre". "Il y avait des problèmes d’encaissement sur les marchés. Son honnêteté était remise en cause. Jusqu’à ce qu’un employeur s’aperçoive qu’elle avait des problèmes pour faire les opérations", raconte Marie-Madeleine. "On s’enferme, on s’en va vers l’exclusion."

Dominique Fontaine, directrice d'un centre de formation dans la ville de Gien, explique elle aussi recevoir de plus en plus de jeunes illettrés, une quarantaine environ, âgés de seize à vingt ans. "On a des jeunes qui ne maîtrisent pas la lecture d’un document simple. Qui sont incapables remplir une fiche de renseignements. J’ai un test qui est de mettre au présent de l’indicatif. La première difficulté c’est de savoir ce qu’est le présent de l’indicatif", raconte-t-elle.

"Pour moi c’est dramatique parce que sur une ville de Gien de 15.000 habitants, si il y en a quarante qui nous arrivent, cela veut dire qu’il y en a beaucoup plus dans la nature", déplore-t-elle. "Pour un jeune de seize ans qui a un niveau de savoirs de base très bas, on est sur deux années d’un travail qui va leur permettre de voir le jour."

Selon les dernières statistiques de l’Insee publiées en 2012, 7% des 18-65 ans sont encore concernés par l’illettrisme. Des chiffres encore sous-estimés car ils ne prennent en compte que les 18-65 ans. En 2004, ce phénomène concernait 3,1 millions de personnes ayant pourtant été scolarisées, soit 9% des adultes. Grâce à une mobilisation accrue, "on commence à résorber ce problème", souligne Hervé Fernandez, directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme auprès de l’AFP, mais il faut "poursuivre".

V.R. avec Thomas Chupin et Marie de Fournas