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Trois débats valent mieux qu'un

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC. - -

Nicolas Sarkozy réclame trois débats avec François Hollande d’ici au second tour. Le candidat socialiste refuse. A tort selon moi, car trois débats valent mieux qu’un. Explications...

Ce qui est agaçant, dans cette polémique sur le ou les débat(s) de l’entre-deux tours, c’est qu’elle se focalise sur les arguments tactiques des candidats. Bien sûr que Nicolas Sarkozy demande ces trois débats parce qu’il joue son va-tout et qu’il espère bousculer François Hollande. Et si François Hollande refuse, c’est qu’il est le favori et qu’il pense que ce n’est pas à lui de prendre des risques. Donc de leurs points de vue, ils ont sûrement raison l’un et l’autre. Cela dit, il me semble qu’au-delà de leurs intérêts respectifs, François Hollande a tort de dire non : parce qu’il prive les Français d’un duel télévisé qui, en trois manches, permettrait de creuser tous les grands sujets et ne serait pas seulement un spectacle mais un moment de vérité.

Mais il y aura de toute façon un débat, comme à chaque élection. François Hollande dit qu’il ne voit pas de raison de changer la tradition…

Drôle d’argument pour le candidat du « changement ». Il dit aussi que Nicolas Sarkozy ne l’avait pas proposé en 2007 à Ségolène Royal. Il a raison mais c’était comme lui aujourd’hui : il était en position de favori… En fait, cette campagne particulière, le climat de crise qui l’entoure et les résultats du 1er tour – où un tiers des électeurs ont voté « anti-système » –, révèle un besoin de clarification, de confrontation. Nicolas Sarkozy a lancé trop d’idées à la fois (et même dans tous les sens) et François Hollande pas assez pour se contenter d’un face-à-face stéréotypé, où l’on sait d’avance qu’il y a de la tension mais aucune révélation. La campagne a été assez stérile mais les Français ont beaucoup suivi les grandes émissions politiques – et beaucoup voté. On peut en déduire que, quel que soit l’intérêt des candidats, les électeurs, eux, y trouvent un intérêt. C’est d’abord à eux qu’il faut penser.

Est-ce qu’il n’y aurait pas un risque de banalisation s’il y avait plusieurs duels au lieu d’un seul ?

Je dirais plutôt : une normalisation – et une normalisation utile. Peut-être qu’il est temps, justement, de désacraliser cette grand-messe, d’en faire une séquence plus instructive que dramatique – et dans cette optique, trois débats ciblés d’1h30 seraient préférables à un seul de 2h30. Du même coup, on pourrait en profiter pour sortir du système très français où les médias sont tenus au bon vouloir des candidats – aux USA, il est inenvisageable qu’un candidat se défile et empêche que le débat ait lieu. En l’occurrence, que le refus vienne d’un candidat (François Hollande) qui a dit que s’il est élu, il se pliera aux mêmes règles que les autres et non plus au rituel quasi monarchique des interviews à l’Elysée, ce veto est un contre-signal déroutant. On peut trouver Nicolas Sarkozy « gonflé » d’exiger trois débats ; on aura du mal à ne pas penser qu’en refusant, François Hollande a l’air d’un dégonflé.

Ecoutez ci-dessous le podcast intégral du Parti Pris d'Hervé Gattegno ce mardi 24 avril :

Hervé Gattegno