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Des robots médicaments: comment les "xenobots" pourraient nous soigner

Des mini robots qui se baladeraient dans le corps humain pour nous soigner, comme des médicaments à tête chercheuse. C’est le projet très sérieux de plusieurs équipes de scientifiques. Les explications d’Anthony Morel sur RMC.

Une prouesse à la frontière entre la science et la technologie, réalisée par l’Université du Vermont, aux Etats-Unis. Ils ont mis au point des xenobots, des "robots vivants". De petits organismes d’un millimètre environ, plus petits qu’une tête d’épingle et conçus… pour nous soigner ! Leur particularité : ils sont à la fois vivants et robotiques ! Vivants, car ils ont été créés à partir de cellules de cœur et de peau d’embryons de grenouilles. Ce sont des organismes biologiques, ils sont même capables de se reproduire, mais qu’on a programmé informatiquement, comme des robots, via un ordinateur pour que ces amas de cellules réalisent certaines tâches précises et très simples : bouger vers l’avant, pousser un objet...

A quoi ça sert ? Ces minuscules organismes pourraient notamment se balader dans le corps humain pour nous soigner. Ils sont capables de se déplacer, nager, pousser un objet... On va pouvoir programmer ces micro-organismes pour, à l’intérieur du corps humain, nettoyer les artères d’un patient par exemple, en détruisant la plaque qui s’accumule et qui peut générer des crises cardiaques. C’est l’une des principales causes de décès en France. Ces mini robots réalisent la tâche qui leur est assignée, vivent quelques jours, avant de mourir naturellement et de se dégrader. On pourrait aussi s’en servir pour aller récupérer les micro plastiques présents dans les océans, nettoyer des déchets radioactifs... D’autant qu’ils peuvent travailler en équipe, comme un essaim. On peut aussi imaginer des applications dans le domaine militaire, puisque l’expérience a été financée par la DARPA, le laboratoire de recherche de l’armée américaine.

Demain, ces micro robots pourraient aussi apporter une dose de médicament précisément là où le corps en a besoin, pour aller soigner une tumeur cancéreuse par exemple. Il y a plein d’expériences en la matière. Des chercheurs de l’université de Hong Kong ont mis au point une sorte de mini millepattes ou chenille robotique, équipée de centaines de pattes de moins d’un millimètre de long, capable de ramper à l’intérieur de vos organes, de remonter votre tube digestif, de nager dans vos fluides corporels… Pas très ragoûtant a priori, mais ce tout petit robot est capable de porter une charge 100 fois supérieure à son propre poids, pour aller déposer très précisément une dose de médicament exactement à l’endroit où le corps en a besoin. Et ça, c’est une révolution potentielle : ça permet de beaucoup mieux cibler une infection par exemple, ou une tumeur, et donc d’être beaucoup plus efficace qu’aujourd’hui avec une médecine extrêmement précise. Et puis d’utiliser des doses de médicament beaucoup moins importantes. D’autres seraient même capables de réparer des cellules endommagées.

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Un champ magnétique pour déplacer les mini robots dans le corps

Comment sait-il où il faut aller ? Equipé de particules aimantées, on le déplace en appliquant un champ magnétique depuis l’extérieur du corps, pour qu’il puisse passer les obstacles, et de cette manière on va pouvoir le guider à travers le corps humain, en utilisant une radio ou un scanner comme écran de contrôle. On en est encore au stade de l’expérience : la prochaine étape, c’est de faire en sorte que ce robot soit biodégradable, pour qu’on puisse s’en débarrasser facilement une fois son travail accompli. Une fois leur mission accomplie, ils se dissoudront à l’intérieur du corps. C’est comme dans Mission impossible : une fois leur tâche accomplie, ils s’autodétruisent !

L’autre avantage de ces "médicaments à tête chercheuse", ce serait d’éviter certaines opérations lourdes. Faire ce qu’on appelle la chirurgie mini invasive, en complément des robots chirurgicaux. L’avantage de ces mini robots, c’est qu’ils vont être capables de se faufiler dans des endroits qu’il est impossible d’atteindre sans "charcuter" le patient. D’autant que ces robots vont encore se miniaturiser. Les avantages : plus d’anesthésie générale, ni de cicatrices… Une chirurgie de moins en moins invasive, qui permet au patient de rentrer chez lui beaucoup plus rapidement. Et la chirurgie ambulatoire, c’est un gros enjeu pour la sécurité sociale dans les années qui viennent.

Anthony Morel