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"Cette mort en direct, c'est une situation épouvantable": la demi-soeur de Vincent Lambert témoigne

TÉMOIGNAGE RMC - Marie-Geneviève Lambert est favorable à l'arrêt des traitements concernant son demi-frère et regrette l'instrumentalisation de cette affaire par les parents.

Marie-Geneviève Lambert, demi-sœur de Vincent Lambert, est venue témoigner sur RMC, ce lundi matin, et expliquer qu'elle est, contrairement aux parents de Vincent Lambert, favorable à l'arrêt des traitements qui ont débuté la semaine dernière. "Je suis favorable à la pris en compte de la réalité", explique-t-elle au micro de Jean-Jacques Bourdin.

"Ce n'est pas une question d'opinion, ce n'est pas un goût, ce n'est pas très marrant d'être du côté de ceux qui attendent la mort d'un homme. Ce n'est pas le meilleur rôle qui soit dans notre société, c'est plus vertueux de se battre pour la vie. Mais il se trouve que la réalité est celle de quelqu'un qui ne se réveillera jamais. Ce qu'on ne savait pas en 2008. Maintenant avec les progrès de l'IRM, on sait qu'il ne se réveillera jamais."

"On entend beaucoup l'opinion des parents et du coup on croit que c'est l'opinion majoritaire au sein de la famille"

Pierre Lambert, le père de Vincent Lambert, a dénoncé dimanche l'"assassinat" en cours de son fils, en état végétatif depuis plus de 10 ans, dont les traitements le maintenant en vie ont été arrêtés cette semaine et organise de nouveaux rassemblements lundi pour demander la reprise des soins.

"Ce n'est pas de l'euthanasie", nuance Marie-Geneviève Lambert. "C'est l'arrêt des traitements, c'est le constat qu'on ne peut pas faire mieux. Il n'y a plus de juridictions à saisir donc ils saisissent l'opinion. On entend beaucoup l'opinion des parents et du coup on croit que c'est l'opinion majoritaire au sein de la famille. Il ne s'agit pas d'avoir des opinions quand on ne connaît pas la personne.
Je ne me battrai pas pour l'arrêt des soins d'une personne que je ne connais pas. Il y a sa personnalité, comment il réagissait aux soins, ce qu'il avait dit. Il était émotif, se mettait souvent dans des situations de risque et avait dit qu'il ne voulait absolument pas vivre de cette façon là quand il a fait des soins lui-même en réanimation car il était infirmier."

"Ca n'a pas de sens de continuer. On s'acharne. Je n'arrive pas à comprendre"

Cette affaire, c'est également une famille qui se déchire, Marie-Geneviève Lambert n'envisage pas de réconciliation. 

"Je ne pense pas. Je ne sais pas ce qui se passera après. Déjà la question des obsèques je ne vois pas comment ça va se passer. On ne se parle plus, ce n'est pas possible."

"Si il y a une décision de Dieu elle a été prise il y a onze ans"

La demi-soeur de Vincent Lambert explique ne pas vivre cette période avec sérénité.

"Une mort en direct comme ça c'est épouvantable. En plus c'est un peu culpabilisant alors que c'est juste qu'on ne peut faire autrement. Ca n'a pas de sens de continuer. Il est dans un état de souffrance, peut-être pas psychologique car on ne sait pas ce qu'il se passe au niveau de sa conscience, mais physiquement son visage exprime la souffrance à chaque fois qu'il y a des aléas. Le présenter comme quelqu'un qui est juste allongé, il n'est pas au bord de la plage. Ce n'est pas une situation neutre.
On s'acharne en fait. Je n'arrive pas à comprendre. Je ne peux d'autant moins comprendre qu'ils sont religieux. A un moment donné ce sont les hommes qui le maintiennent en vie. S'il y a une décision de Dieu elle a été prise il y a onze ans. On ne fait que résister à la nature."

"La mort de Vincent est désormais inéluctable"

Lundi matin, les parents de Vincent Lambert ont expliqué, dans une lettre ouverte communiquée, que "La mort de Vincent est désormais inéluctable" et "nous ne pouvons que nous (y) résigner".

"Cette fois, c'est terminé. Nos avocats ont multiplié ces derniers jours encore les recours et mené d'ultimes actions pour faire respecter le recours suspensif devant l'ONU qui bénéficiait à Vincent. En vain", écrivent dans ce courrier Viviane et Pierre Lambert ainsi que la soeur de Vincent, Anne Lambert, et son demi-frère David Philippon dans ce courrier adressé à leurs "amis" qui les ont "tant soutenus".

"La mort de Vincent est désormais inéluctable. Elle lui a été imposée à lui comme à nous. Si nous ne l'acceptons pas, nous ne pouvons que nous résigner dans la douleur, l'incompréhension, mais aussi dans l'espérance", ajoutent ces fervents catholiques.

Le médecin de Vincent Lambert, hospitalisé au CHU de Reims après un accident de voiture en 2008, a engagé mardi un nouvel arrêt des traitements, effectif depuis mercredi soir. Cette décision a été rendue possible le 28 juin par la Cour de cassation. Le protocole médical prévoit notamment l'arrêt de l'hydratation et de la nutrition par sonde du patient ainsi qu'une "sédation profonde et continue".

James Abbott