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Drames migratoires: les dessous d'une expédition pas comme les autres

C'est quasiment un miracle si les migrants arrivent à rester en vie

C'est quasiment un miracle si les migrants arrivent à rester en vie - ALBERTO PIZZOLI / AFP

Ce jeudi sur RMC, Mamadou, un auditeur, a tenu à témoigner sur les conditions dans lesquelles les migrants en viennent à quitter leur pays. Il connaît bien le sujet: son neveu et sa nièce en ont fait l'expérience, il y a un mois et demi. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu.

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays de l'Union européenne se réunissent ce jeudi. Ils devraient se prononcer sur une opération militaire contre les trafiquants de migrants en Libye, responsables de la pire tragédie en Méditerranée, dont des survivants commencent à raconter l'horreur.

C'est le cas de Mamadou qui a appelé RMC au 32 16 à ce sujet. En effet, il y a un mois et demi, son neveu et sa nièce ont quitté la Côte d'Ivoire. Ils ont pris un car pour le Niger avec pour objectif d'arriver à Tripoli (Libye) "car c'est là que se trouvent les vrais passeurs". Mais tout cela a un coût: 1 800 euros chacun dans le cas du neveu et de la nièce de Mamadou.

D'Abidjan à Niamey en passant par le Burkina-Faso

"L'argent a été versé au départ, à Abidjan, précise-t-il dans Bourdin Direct. Car les passeurs possèdent des recruteurs aussi bien au Mali, au Sénégal, en Côte d'Ivoire et autres pays. Et ces recruteurs gagnent 150 euros à chaque candidat au départ trouvé". Une filière qui fonctionne comme un vrai business en somme. Une filière méticuleusement organisée à en croire Mamadou.

"Tout est organisé depuis la Côte d'Ivoire. Les recruteurs s'occupent de remplir des cars, entre 50 et 60 passagers à chaque fois. Une fois que ceux-ci sont pleins, le car part d'Abidjan en direction de Niamey, la capitale du Niger, en passant par le Burkina-Faso", raconte ce chauffeur de poids lourds en Côte-d'Or. "Une fois à Niamey, les migrants doivent appeler un numéro qu'on leur a donné au préalable. Là, d'autres personnes viennent les chercher et les chargent dans un autre car en direction d'une autre ville nigérienne."

La mort au beau milieu du désert

Sur place, c'est le même scénario qui se répète pour les migrants comme son neveu et sa nièce: nouveau coup de téléphone, nouveau convoi (en pick-up cette fois-ci). "Dans ces véhicules, s'entassent entre 24 et 30 personnes, certifie Mamadou sur RMC. Là, ils traversent le désert pour enfin arriver à Tripoli". Mais malheureusement, pour certains, le rêve d'une vie meilleure prend fin à ce moment-là.

En effet, au cours de ce trajet, "il y en a beaucoup qui tombent et quand c'est le cas les passeurs ne s'arrêtent pas. Ils font comme s'ils n'avaient rien vu…". Seul au beau milieu du désert, le migrant n'a que peu de chance de survivre. En plus des conditions climatiques, il court le risque de se faire piquer par "des serpents, des scorpions ou une autre bête du genre".

Emprisonnés à Tripoli

Arrivés à Tripoli, pas de répit: "Ils sont mis dans des caves. Ils y vivent pendant un à deux mois, le temps d'avoir un maximum de personnes pour remplir un bateau". "Ma nièce et mon neveu ont pu monter dans un de ces bateaux. Ils étaient 130 personnes, confie Mamadou. Ils n'ont pas fait trois kilomètres en mer que le bateau est tombé en panne. Ils sont restés deux jours à dériver en pleine mer".

La suite est dramatique: "Les courants étaient si puissants que le bateau s'est cassé en deux et ils ont coulé. Il y a eu 125 morts, dont mon neveu. Par miracle, ma nièce était du côté des survivants car une petite partie de l'embarcation a continué à flotter. Ils ont dérivé jusqu'à ce que des marins-pêcheurs les croisent en pleine mer". Mais, pour ces rescapés, le calvaire n'est pas pour autant terminé. "Réceptionnés par l'armée libyenne, ils ont été emprisonnés 20 jours. Il a fallu payer 600 euros pour les faire sortir".

Aujourd'hui, la nièce de Mamadou est retournée en Côte d'Ivoire. Conclusion: "Ils ont payé 1 800 euros pour aller à la mort".