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Naufrage de migrants: à Catane, la population entre soutien et ras-le-bol

RMC s'est rendue à Catane, deuxième plus grande ville de Sicile et premier port de l’île. Là-bas, les habitants vivent au quotidien les arrivées massives de migrants. Mais ils ne réagissent pas tous de la même manière.

Le bilan définitif est dramatique. Le naufrage d’un chalutier dimanche au large de la Libye a fait 800 morts, ont annoncé tôt mardi à Catane, en Sicile, des représentants du Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ces mêmes représentants ont aussi commencé à interroger dans la nuit les 27 survivants arrivés vers minuit dans le port sicilien. Outre les organisations officielles, ces rescapés ont aussi été accueillis, comme a pu le constater RMC, par une cinquantaine de simples citoyens.

"Ils sont très traumatisés"

Parmi eux, une poignée de militants, se décrivant comme antiracistes, qui scandaient des slogans, pancartes à la main, exhortant l'Europe à agir et à devenir une terre d'accueil pour tous. Une dizaine d'habitants étaient également là pour souhaiter la bienvenue aux migrants et pour leur montrer qu'ils ne sont "ni des sous-hommes, ni des parias". C'est le cas par exemple d'Agata, venue avec un bouquet de tulipes dans une main et une rose dans l'autre. Après de longues négociations avec la police de Catane, elle a pu remettre son cadeau en mains propres aux migrants.

"Ils sont très traumatisés. Ce sont surtout des jeunes d'une vingtaine d'années qu'on a pu serrer dans nos bras et à qui on a donné des fleurs. On a aussi jeté des fleurs dans la mer pour célébrer les morts. Je pense qu'ils étaient contents de ce geste de solidarité. Je ne sais pas s'ils comprenaient car ils sont vraiment très perturbés, raconte-t-elle dans Bourdin Direct. Ils étaient assis… Ils avaient peur, ils tremblaient… Ils regardaient dans le vide… Cela se voit qu'ils sont très traumatisés."

"Personne n'est gagnant"

A Catane, deuxième plus grosse ville de Sicile et principal port de l'île, les habitants vivent au quotidien les arrivées massives de migrants. Mais ils ne réagissent pas tous de la même manière. "A l'école, j'ai toujours eu beaucoup de camarades de nationalités différentes, beaucoup qui viennent d'Afrique. Et tout se passe bien", témoigne Maria, lycéenne. Et d'ajouter: "Nous sommes tous égaux et bien sûr qu'il faut les aider parce qu'il y a plein de raisons qui font qu'ils ne peuvent pas vivre dans leurs pays". Face à cette génération qui a toujours vécu aux côtés des migrants, il y a les plus anciens, comme Francesco, 58 ans.

Année après année, il voit arriver toujours plus de migrants. Aujourd'hui alors que les centres d’accueil sont débordés, pour ce retraité, la coupe est pleine: "Nous sommes déjà pauvres et d'autres pauvres arrivent. Au final, personne n'est gagnant. Nous, Siciliens, nous sommes un peuple accueillant mais tout cela à un prix et c'est nous qui le payons. Tout le monde parle mais personne n'agit. Cela ne sert à rien toutes ces grandes déclarations de solidarité des autres pays car, à la fin, nous sommes seuls". C'est bien l’Union européenne que Francesco pointe du doigt. Comme la grande majorité des Siciliens, ici, à Catane…

Maxime Ricard avec Amélie Rosique