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Après un cancer, j’ai eu recours au crowdfunding pour mon entreprise: le banquier ne m'a pas accordé de prêt

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A 27 ans, Julie apprend qu’elle est atteinte d'un cancer du sein. Deux ans plus tard, elle monte sa société, qui vend des turbans aux femmes atteintes d’un cancer. Pour se financer, elle a dû recourir au crowdfunding, devant le refus des banques. Elle témoigne pour RMC.fr.

Julie, 29 ans, en rémission d’un cancer du sein, fondatrice des Franjynes.

"Il y a deux ans, à l’âge de 27 ans, j’ai été touchée par un cancer du sein de stade 3, donc très avancé, qui impliquait la chute des cheveux, des cils, des sourcils… J’ai voulu chercher sur internet ce à quoi j’allais ressembler, et les photos que je trouvais n’étaient vraiment pas glamour. Puis, quand j’ai perdu mes cheveux, j’ai acheté une perruque, que je n’ai jamais portée, car ce n’était pas moi. Je me suis donc mise à nouer des turbans autour de ma tête.

J’ai reçu beaucoup de compliments, ce qui m’a donné l’idée de créer un blog sur la féminité pendant le cancer. Le but n’était pas de partager les états d’âme d’une malade sous chimiothérapie. Rapidement, j’ai obtenu beaucoup de vues sur mon site. La marque American Vintage m’a aidée en m’envoyant 250 turbans de coton crêpé, et j’ai ensuite pu animer des ateliers en partenariat avec la Ligue contre le cancer à Nice. J’apprenais aux femmes à nouer les turbans. C'est très thérapeutique, on retrouve la sensation de se coiffer, comme lorsqu’on se fait un chignon. Grâce à cette technique, je n’ai jamais souffert de la chute de mes cheveux.

J’ai eu ensuite l’idée de créer des fausses franges, qui évoluent selon la repousse des cheveux. Grâce à elles, il n’y a plus la connotation de maladie. J’ai ainsi déposé un brevet, car elles possèdent un système particulier, elles ne tiennent pas avec des clips ou des barrettes qui font souffrir si on est chauve. J’ai aussi décidé de décliner mes turbans et franges pour les enfants malades (Les Franjynettes), car il n’existe rien pour eux.

"Le banquier trouve une bonne excuse pour ne pas accorder de prêt"

En fait, je voulais enlever le côté ‘foulard de cancer’ et faire du turban un véritable accessoire du mode. En 45 jours, j’ai pu obtenir 35.000 euros de fonds, grâce au crowdfunding. Le parcours de la création de mon entreprise a été très difficile. Quand on est atteint du cancer, pendant 10 ans, on n’est pas ‘banquable’: le banquier trouve une bonne excuse pour ne pas accorder de prêt, ou alors il faut payer 200 euros d’assurance par mois.

Qu’on soit considérées comme des personnes à risque pendant 5 ans je comprends. Mais 10 ans, ce n’est pas justifié. C’est la double peine, on n’a pas choisi cette maladie, c’est une météorite qui nous tombe dessus, mais on n’a le droit que d’être locataire ou employé. Alors qu’on devrait avoir le droit de continuer à vivre comme tout le monde. Tous ces refus ne m’ont pas découragée, bien au contraire. Je me suis dit: ‘tu as survécu au cancer, ce ne sont pas les banquiers qui vont te faire peur’. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’avoir recours au crowdfunding. 

"Le regard des gens sur le cancer est parfois dur à vivre"

J’ai tout fait toute seule: communication, visuels, vidéos… Je suis très heureuse du résultat. Je veux vraiment changer l’image qu’on a du cancer et de la perruque. Parce que le regard des gens sur le cancer est parfois dur à vivre, ils ont un regard compatissant qui est assez pesant, ou alors ce sont des petits sourires en coin.

Un jour, pour mon blog, j’ai voulu faire l’expérience de sortir chauve dans la rue. Une dame m’a hurlé dessus: ‘vous allez faire peur aux enfants, mettez une perruque ou un turban!’. Je suis rentrée, et j’ai pleuré. Les gens atteints du cancer devraient sortir chauves de chez eux, pour habituer les gens. Je n’en peux plus de l’image morbide et macabre qu’on donne à cette maladie, sur les panneaux publicitaires, ou par les messages véhiculés par les associations. Le cancer ferait moins peur si son image changeait. Même si nous perdons nos cils et nos sourcils, nous restons coquettes".

Propos recueillis par Alexandra Milhat