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Les entreprises fuient les petites villes: "ma famille, mes amis, plus personne n'a de travail"

Une étude publiée lundi par France Stratégie met en lumière ce que connaissent déjà les habitants des petites villes de province: les entreprises fuient les petites communes. Les grandes métropoles, Paris en tête, rassemblent près de la moitié des emplois. RMC s'est rendue dans un village de l'Eure, qui a perdu 600 emplois en sept ans.

Les petites villes n'attirent plus les entreprises. C'est le constat d'une étude publiée lundi par France Stratégie. Les créations d'emploi se concentrent désormais sur les grandes aires urbaines, au détriment des petites et moyennes communes. La douzaine de métropoles régionales rassemblent près de 46% des emplois, dont 22% pour Paris et 24% en province.

De 2006 à 2013, c'est dans ces aires urbaines de plus de 500.000 habitants que se sont concentrées les créations d'emplois. En revanche, les villes moyennes, les petites villes et les communes isolées ont subi des pertes. L'impact de la désindustrialisation est plus fort qu'avant dans ces communes et concernent des métiers en perte de vitesse et souvent victimes de mutations, comme les ouvriers ou encore les agriculteurs.

Cette évolution est "inédite". De 1968 à 1999, la croissance de l'emploi profitait à l'ensemble des territoires. Puis ils se sont de plus en plus différenciés et les écarts se sont creusés.

"Ici, il n'y a pas d'usine"

RMC s'est rendue à Fleury-sur-Andelle dans l'Eure, à 30 minutes de Rouen. Dans ce village, plus de la moitié des 2.000 habitants sont ouvriers (60%). Et la dernière usine de la ville va être délocalisée au mois de juin... à 40 km de là. Plus de 200 salariés doivent choisir de suivre ou trouver un autre emploi. Gaëlle, maman de 36 ans n'a pas le choix, elle va suivre. "Ça veut dire plus de route à faire, se lever plus tôt le matin et rentrer plus tard le soir… Je n'ai pas le choix parce qu'aux environs d'ici il n'y a pas d'usine, il n'y a pas d'emploi. Ça se ressent quand même, toutes les personnes que je connais n'ont plus de travail: la famille, les amis, tout le monde. On cherche partout où on peut mais il y a à une grosse crise de l'emploi".

"Notre commune est mal située, c'est sûr"

En sept ans, Fleury-sur-Andelle a perdu 600 emplois. Le maire (divers droite) Jean-Claude Rémi, voit les entreprises fuir sa commune. "Hélas, cela ne m'étonne pas. Une entreprise veut être à proximité de la Seine, de l'autoroute et des voix SNCF. Il est évident que notre commune est mal située, loin de tous ses nœuds de transports. La conséquence sur la commune est importante, notamment sur le plan humain avec de très nombreuses familles qui ne vont plus avoir de ressources. Ça me catastrophe, mais on essaye de se battre". Se battre, c'est essayer d'améliorer le réseau de transport entre sa commune et les bassins d'emplois alentour. Presque une question de vie ou de mort.

P. Gril avec A. Bouitcha et R. Poisot