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Malgré les promesses, l'école continue de produire des inégalités filles/garçons

Les filles sont soigneuses, les garçons forts en sport… L'école continue, malgré elle, à produire des inégalités entre les filles et les garçons. Un rapport du Haut conseil à l'égalité que RMC révèle ce mercredi, montre que, malgré une vraie volonté politique, trop peu de formations à cette problématique sont réellement dispensées aux enseignants ou aux personnels de direction.

Comment lutter contre les stéréotypes, contre les inégalités entre les femmes et les hommes? Ça passe par l'éducation des plus petits, selon le gouvernement, qui a montré une vraie volonté politique depuis 2013, en rendant obligatoire des formations de sensibilisation à l'égalité filles-garçons pour les futurs enseignants. La volonté politique, c'est bien, sauf qu'en pratique, les professeurs restent démunis face à ce sujet, comme le constate un rapport du Haut conseil à l'égalité que RMC révèle ce mercredi. Malgré l'obligation, trop peu d'ESPE (École supérieure du professorat et de l'éducation), dispensent des formations sur le thème de l'égalité hommes/femmes: une sur deux seulement. Et trop peu de formations sont dispensées aux enseignants en poste.

"L'école produit de l'inégalité scolaire"

Le rapport fait d'abord un constat. Volonté politique ou non, les inégalités à l'intérieur de l'école sont partout. Dans le bulletin de note d'abord: quand pour un 13/20, on demandera à un garçon d'en faire plus, on dira à une fille, qu'elle a bien travaillé. Dans la cour de récréation ensuite: quand les filles occupent les petits coins pour discuter ou jouer à la corde à sauter, les garçons occupent l'espace en jouant au foot. Enfin, dans les manuels scolaires, où 70% des personnages représentés en train de faire la cuisine sont des femmes.

"Il faut vraiment que les enseignants comprennent que l'école produit de l'inégalité scolaire, exhorte Sandrine Delacroix, qui dispense des formations sur les inégalités garçons/filles à l'école, dans un centre à Créteil. Quand on fait croire à un élève garçon qu'il doit être fort et bon en math, quelle violence ça génère pour celui qui n'est pas forcément fort physiquement ni bon en mathématiques. Et quand on est une fille, quand on ne correspond pas à l'image de la petite fille soigneuse et travailleuse?"

"On va donner priorité à la laïcité ou à la discrimination d'origine raciale"

Mais comment mettre à mal ces clichés et améliorer l'égalité filles – garçons quand les formations sur le sujet ne représentent qu'1,3% de la totalité des formations dispensées aux enseignants en place, comme le dénonce le rapport? L'an dernier, aucune journée consacrée au sujet n'a non plus été organisée pour les personnels de direction. Selon Valérie Sipahimalani, du Syndicat national des enseignants du secondaire, ces formations ne sont tout simplement pas une priorité pour l'Education nationale. "S'il reste des budgets elles seront menées mais s'il y a d'autres priorités, comme par exemple la réforme du collège, ce sont ces formations qu'on va supprimer en premier".

"On est dans cette illusion de l'école républicains qui assure un enseignement totalement égalitaire, donc il n'y a pas un gros appétit des étudiants sur cette pratique, regrette sur RMC Françoise Vouillot, membre du Haut conseil à l'égalité. La loi dit qu'il faut un module de formation mais elle n'en définit ni le contenu, ni la durée, ni le cadre réel, ce qui fait que les établissements sont assez libres. On va donner priorité à la laïcité ou à la discrimination d'origine raciale. Il faut peut-être être plus exigeant parce que l'égalité, c'est toujours sous la contrainte que ça se produit".

P. Gril avec Thomas Chupin