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Et si le tiers payant dégoutait les étudiants en médecine de devenir généraliste?

Entrée de la faculté de médecine de Paris.

Entrée de la faculté de médecine de Paris. - AFP

La généralisation du tiers payant défendue bec et ongles par la ministre de la Santé Marisol Touraine, en plus de mécontenter les médecins libéraux, en grève ce vendredi, inquiète les étudiants en médecine qui s'interrogent sur leur choix professionnel, comme l'a constaté RMC.

Comme du billard à trois bandes, la volonté sans faille et une nouvelle fois martelée ce vendredi sur RMC/BFMTV de Marisol Touraine de généraliser le tiers-payant pour les soins de santé, en plus de mécontenter nombre de médecins, pourrait en plus détourner les étudiants de la pratique de la médecine générale. Les étudiants en médecine sont encore jeunes et ont encore parfois beaucoup d'années d'études devant eux, mais le sujet fait débat chez ces futurs médecins, comme l'a constaté RMC.

"Pour nous ce n'est pas du tout vendeur"

Ainsi de Clara. La jeune femme a une vocation depuis toujours: devenir médecin généraliste. Mais avec la généralisation du tiers payant, cette étudiante en 6ème année s'interroge : "Ça va rajouter des tonnes de paperasse, il va falloir se payer une secrétaire. Les patients arrivent tous avec leurs propres mutuelles, et si celles-ci ne remboursent pas - on sait que ça arrive souvent-, on ne peut pas écrire un courrier à chacune d'elles pour chaque consultation. Ça veut dire énormément de travail le soir, moins de temps avec les patients. Pour nous ce n'est pas du tout vendeur".

"On ne veut plus travailler 70 h par semaine comme nos parents"

"Ça risque tout simplement de changer le travail de généraliste", poursuit Thibault Leblanc, étudiant en 4ème année de médecine à l'université de Versailles-Saint-Quentin (Yvelines), et membre du syndicat étudiant UNEF. D'autant que les aspirations ont changé, selon lui. "Ça peut inquiéter les étudiants qui aujourd'hui ne veulent plus faire un sacerdoce, travailler 70h par semaine comme le faisaient nos parents. Aujourd'hui les gens veulent surtout avoir une vie de famille et une vie sociale". Pour Thibault Leblanc, "il est important de prendre en compte les aspirations de ces nouveaux professionnels de santé qui arrivent".

"Les médecins libéraux sont très bien payés"

La loi santé va-t-elle changer le métier ? La question divise, et oppose même Simon et Émilie, en 4e année eux aussi. Émilie est catégorique (et agacée visiblement) : "Les médecins n'ont pas que ça à faire. Et puis ça déresponsabilise les patients de croire que tout est gratuit (le tiers payant permet aux patients d'éviter à avancer les frais de la consultation, NDR). Ils annulent tout au dernier moment, ils vont voir un autre médecin, puis annule encore… ça déresponsabilise !".

"L'idée ce n'est pas de déresponsabiliser mais de faciliter la vie du patient", lui rétorque Simon. "Je suis peut être minoritaire mais je pense que les médecins en libéral, malgré leur charge de travail, sont très bien payés. Je trouve ça un peu surprenant de penser qu'ils sont à plaindre parce que les frais administratifs vont être plus élevés". Sur la promo, il y en aura donc au moins un qui fera généraliste, tiers payant ou pas.

Philippe Gril avec Aurélia Manoli