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Gaspillage alimentaire: "Souvent, les produits jetés n'ont pas passé leur date de péremption"

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- - PATRICK PLEUL / DPA / AFP

Ce dimanche à l'occasion de la journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire, de nombreux événements se sont déroulés aux quatre coins de la France. Au sein du mouvement "Les Gars'pilleurs: rien ne se perd, tout se récupère", c'est toute l'année que l'on dénonce "les aberrations de l'agroalimentaire" comme l'explique Clara (prénom d'emprunt), l'une de ses membres.

"Les Gars'pilleurs est un mouvement citoyen libre qui vise à sensibiliser le grand public et les consommateurs au gaspillage alimentaire notamment, et spécifiquement, le gaspillage produit par les grandes surfaces. On organise de nombreuses actions de récupération alimentaire directement dans les poubelles de supermarché, à la nuit tombée et souvent de manière illégale. Dans un second temps, nous redistribuons la nourriture pour la manger. Cette redistribution est ouverte à tout le monde. Nous n'avons pas une visée humanitaire mais plus sociale dans le sens où l'on rend service aux consommateurs en leur montrant tout ce qui est jeté.

"On alerte très peu sur le gaspillage des grandes surfaces"

Nous voulons aussi dénoncer l'impact écologique et éthique de ce gaspillage alimentaire. Ce n'est pas normal qu'autant de nourriture soit jetée. Il y a clairement un problème avec le système de la distribution alimentaire dans les pays occidentaux. Celui-ci encourage la surconsommation et est à l'origine de la surproduction dans le pays.

Il y a une offre et une demande. Or, on a beaucoup sensibilisé le consommateur au gaspillage. Il y a énormément de campagnes gouvernementales à ce sujet. Mais on alerte très peu sur le gaspillage des grandes surfaces alors que nous, sur le terrain, on voit bien les quantités énormes de nourriture jetées dans les poubelles. On nous dit actuellement que le consommateur gaspille plus que la grande distribution, c'est impossible.

"La loi Garot n'est pas satisfaisante"

Certes il y a une part de responsabilité du consommateur à qui l'on donne des dates limites de consommation, des dates 'à consommer de préférence' qui poussent certains d'entre nous à jeter des produits. Mais il y a aussi la responsabilité des grandes surfaces parce qu'elles encouragent le surstockage des rayons. Concrètement des études ont montré que si tout s'arrêtait demain à cause d'une guerre ou autre, il y a 24 à 48 heures d'autonomie dans les grandes surfaces.

La loi Garot de lutte contre le gaspillage alimentaire (adoptée par le Parlement en février 2016, ndlr) n'est pas satisfaisante parce qu'elle a été établie avec la grande distribution. On demande maintenant aux grandes surfaces de faire des dons aux associations mais on ne s'est pas assuré qu'elles auraient les moyens logistique, budgétaire, de personnel pour assurer tout ce surplus.

"Les grandes surfaces gardent très bien leurs poubelles"

Il faut savoir que dans cette loi, des conventions obligent les associations à récupérer tout ce qu'on leur donne. La grande surface va imposer soit une récupération totale ou ne rien prendre du tout. Or, quand on sait que certaines associations dépendent de ces dons, c'est assez rude comme application d'une loi qui vise à éradiquer le gaspillage alimentaire. En réalité, le gaspillage alimentaire a été déplacé de la poubelle des grandes surfaces à celle des associations. On n'éradique malheureusement pas le problème à sa source: la surproduction.

Au cours de nos actions de récupération, interdites, il arrive qu'il y ait des contrôles de police mais, souvent, les agents sont assez empathiques. Ils comprennent qu'il y a clairement un problème. Ils vont demander au propriétaire du supermarché s'il porte vraiment plainte et, dans très peu de cas, une plainte a été portée. Tout simplement, parce que les grandes surfaces gardent très bien leurs poubelles. Parfois, il y a des barbelés, des caméras, des lumières automatiques voire même des vigiles pour protéger les déchets. C'est donc qu'il y a quelque chose à cacher.

"Un vrai engouement"

Nos distributions se passent très bien. On est très peu embêté par les forces de l'ordre. Ça se passe très vite, sur la voie publique et il y a un vrai engouement à ce sujet car tout le monde se sent touché. Mais on doit régulièrement expliquer que le but de nos actions n'est pas de donner aux plus démunis mais de dire que les plus démunis auraient à manger si le système était un peu différent.

Dans les poubelles, on trouve vraiment de tout. Par exemple, il y a deux jours on a trouvé du Perrier. On trouve donc de l'eau en bouteille, des légumes, des bananes, des pâtes, du riz… Des produits qui ne sont donc pas tous périssables. Mais le plus choquant, pour les produits frais, c'est que très souvent, ils n'ont pas passé leur date de péremption. On se demande donc pourquoi cela a été jeté".

Le gaspillage en quelques chiffres

Selon la dernière étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), parue en mai, dix millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année en France. Soit l’équivalent de 16 milliards d’euros et de 15,3 millions de tonnes de CO2. Ramené à chaque Français, cela représente 29 kg d’aliments jetés chaque année chez soi, et 155 kg sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. La valeur de la nourriture ainsi perdue représente 240 euros par an et par personne.

Maxime Ricard avec Philippe Gril