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Grogne sociale en Guyane: "le ras-le-bol est général, les habitants ont l'impression d'être délaissés"

Le collectif "Les 500 frères", dans les rues de Cayenne

Le collectif "Les 500 frères", dans les rues de Cayenne - BFM

Depuis lundi, un mouvement social de grande ampleur se propage en Guyane. Villes bloquées, avions déroutés, pénurie de carburants... les Guyanais protestent contre l'insécurité, le chômage, réclament plus de moyens dans la santé ou l'éducation et estiment être oubliés par rapport aux métropolitains. Maud, enseignante sur place, fait un point sur la situation pour RMC.fr.

Maud, 29 ans, enseignante à Saint-Laurent-du-Maroni, à près de 300 kilomètres de Cayenne, à la frontière avec le Surinam:

"Le ras-le-bol est général. Ils ont l'impression que l'on ne parle jamais d'eux alors que la situation est catastrophique. Les Guyanais ont l'impression d'être délaissés par la France métropolitaine. Ils ne sentent pas considérés d'égal à égal avec un autre département. Il faut bien comprendre que ce sont plusieurs mouvements qui se sont rejoints. Au début de la semaine, ce n'était pas généralisé mais cela prend de plus en plus d'ampleur. Par exemple, la communauté amérindienne manifeste aussi pour revendiquer la reconnaissance du peuple autochtone.

"La ville est bloquée mais elle n'est pas tendue"

Pour autant, je n'ai pas vraiment d'inquiétude car la situation n'est pas vraiment tendue même si, sur tout le territoire, tout est bloqué. Plus précisément, à Saint-Laurent-du-Maroni, on ne peut pas circuler en voiture en raison des barrages à l'entrée comme à l'intérieur de la ville. Ici, la situation a vraiment commencé à empirer depuis jeudi. Avant cela, on pouvait quand même circuler malgré les barrages. Il n'y a pas de scènes de pillages, de violences. La ville est bloquée mais elle n'est pas tendue. Pour l'instant, les gens peuvent encore s'approvisionner même si on ne sait pas pour combien de temps.

Cependant, jeudi, la journée a été un peu plus compliquée car des barrages 'sauvages' ont été mis en place. Cela a vraiment bloqué la ville mais depuis ces barrages sauvages ont été interdits car certains d'entre eux étaient source de rackets. Je ne l'ai pas vécu personnellement et je connais des gens qui sont passés à vélo sans qu'on ne leur demande rien. Mais, il y a effectivement eu des demandes d'argent pour pouvoir laisser passer certaines voitures. Mais, ça n'existe plus. Le maire a fait lever ces barrages 'sauvages'.

"Les blocages n'ont pas encore de réels impacts sur notre quotidien"

Je crois qu'à Cayenne les épiceries ont fermé mais, ici, à Saint-Laurent-du-Maroni, j'ai encore pu faire mes courses sans problème ce vendredi. Le supermarché était resté ouvert une bonne partie de la journée comme l'ensemble des épiceries. En revanche, les stations essence sont fermées pour les simples usagers. Il doit rester des réserves puisque j'ai vu un camion de pompier se servir à la pompe. Mais, nous, nous n'avons pas l'autorisation de remplir nos réservoirs. Donc, à part l'impossibilité de circuler, les blocages n'ont pas encore de réels impacts sur notre quotidien.

En effet, il n'y a pas encore eu de coupures d'eau ou d'électricité alors que ce sont des choses qui arrivent assez fréquemment en Guyane. Je m'attendais à des choses comme ça mais pour l'instant il n'en est rien. On a de l'eau, de l'électricité, on a pu faire des courses, la situation est donc encore supportable. L'une des raisons de la grogne est le manque de moyens dans l'éducation. En tant qu'enseignante je le constate. Par exemple, à Saint-Laurent-du-Maroni, il faudrait un sixième collège et un lycée supplémentaire. Il n'y a vraiment pas assez de structures. A cause de cela, certains élèves retournent au collège parce qu'ils n'ont pas eu de place dans un lycée. Il y a un gros manque. Et pas seulement dans l'enseignement…"

Propos recueillis par Maxime Ricard