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Arménie-Azerbaïdjan: graves affrontements à la frontière et regain de tension dans le conflit

Des soldats azerbaïdjanais en patrouille à un point de contrôle près de Choucha, le 26 novembre 2020 après six semaines de conflit avec l'Arménie sur le Nagorny Karabakh (ARCHIVES)

Des soldats azerbaïdjanais en patrouille à un point de contrôle près de Choucha, le 26 novembre 2020 après six semaines de conflit avec l'Arménie sur le Nagorny Karabakh (ARCHIVES) - Karen MINASYAN © 2019 AFP

L'Arménie et l'Azerbaïdjan s'accusent mutuellement de provocations alors que des affrontements ont démarré à la frontière dans la nuit de lundi à mardi. L'Arménie assure qu'au moins 49 de leurs soldats ont été tués. Les deux pays voisins sont en proie à de grandes tensions depuis les années 90 à cause d'une zone revendiquée par les deux pays.

Des affrontements de grande ampleur étaient en cours mardi à la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, les forces de Bakou, appuyées par des canons et des drones, cherchant à "avancer" en territoire arménien, selon Erevan, la capitale arménienne. Dénonçant une "agression" de Bakou, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a appelé la communauté internationale à réagir, lors d'entretiens avec plusieurs dirigeants étrangers dont le président russe Vladimir Poutine, et annoncé qu'au moins 49 soldats arméniens arméniens ont été tués dans ces affrontements.

L'Arménie et l'Azerbaïdjan, deux ex-républiques soviétiques rivales du Caucase, se sont affrontés lors de deux guerres au cours des trois dernières décennies pour le contrôle de la région du Nagorny Karabakh, la dernière ayant eu lieu en 2020. Les nouveaux combats, qui ont éclaté dans la nuit, illustrent combien la situation reste explosive et menacent de faire dérailler un processus de paix sous médiation européenne. L'Azerbaïdjan a d'ores et déjà reconnu des "pertes", sans donner de chiffre.

Selon le ministère arménien de la Défense, des "batailles" avaient lieu mardi matin en plusieurs points de la frontière, les troupes de Bakou essayant d'"avancer" en territoire arménien.

"Les forces azerbaïdjanaises continuent d'utiliser de l'artillerie, des mortiers, des drones et des fusils de gros calibre", a-t-il ajouté dans un communiqué, accusant Bakou de viser des "infrastructures militaires et civiles".

Début des violences dans la nuit de lundi à mardi

Les violences ont éclaté mardi peu après minuit, les deux pays s'en rejetant la responsabilité. L'Azerbaïdjan a ainsi accusé l'Arménie d'"actes subversifs à grande échelle", ajoutant que des tirs de mortier arméniens avaient causé des "pertes" dans ses rangs.

L'Arménie, de son côté, a accusé l'Azerbaïdjan d'avoir initié les hostilités par un "bombardement intensif" de ses positions en direction de plusieurs villes comme Goris et Sotk.

Face à cette situation, Nikol Pachinian s'est entretenu séparément dans la nuit avec Vladimir Poutine, le président français Emmanuel Macron et le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken pour leur demander de réagir.

Lors de ces entretiens, Nikol Pachinian a "exprimé sa profonde préoccupation au sujet de la situation actuelle et souligné l'importance d'une réponse appropriée de la communauté internationale", selon le gouvernement arménien.

Pourquoi une reprise des tensions sur la sensible question du Nagorny Karabakh?

Cette éruption de violence intervient alors que la Russie, arbitre traditionnel dans la région, a les mains occupées avec sa difficile offensive militaire en Ukraine. Dans la nuit, les Etats-Unis se sont dits "extrêmement inquiets", appelant à une cessation immédiate des combats entre Bakou et Erevan. "Il ne peut pas y avoir de solution militaire à ce conflit", a déclaré Blinken.

Historiquement compliquées, les relations entre Erevan et Bakou continuent d'être empoisonnées aujourd'hui par un différend au sujet du Nagorny Karabakh, une enclave majoritairement peuplée d'Arméniens ayant fait sécession de l'Azerbaïdjan avec le soutien de l'Arménie.

Après une première guerre qui a fait plus de 30.000 morts au début des années 1990, l'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont affrontés à nouveau à l'automne 2020 pour le contrôle de cette région montagneuse. Plus de 6.500 personnes ont été tuées dans cette nouvelle guerre, perdue par l'Arménie.

Dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu négocié par Moscou, qui a déployé des soldats de maintien de la paix au Nagorny Karabakh, Erevan a cédé d'importants territoires à l'Azerbaïdjan. Cette issue a été vécue comme une humiliation en Arménie où plusieurs partis d'opposition réclament depuis la démission de Nikol Pachinian qu'ils accusent d'avoir fait trop de concessions à Bakou.

Affrontements le long de la frontière

Depuis, la situation est restée instable, avec de fréquents affrontements le long de la frontière.

La semaine dernière, l'Arménie avait ainsi accusé l'Azerbaïdjan d'avoir tué l'un de ses soldats lors de heurts à la frontière. En août, Bakou a déclaré avoir perdu un soldat et deux membres des forces séparatistes arméniennes avaient été tués et 14 blessés. En parallèle, les deux pays ont entamé un processus de paix sous la médiation du président du Conseil européen, Charles Michel. Nikol Pachinian et le président azerbaïdjanais Ilham Aliev s'étaient rencontrés fin août à Bruxelles où ils s'étaient déjà entretenus en avril et en mai.

J.A. Avec AFP