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Comment la France arrive (enfin) à vendre des Rafale

EXPLIQUEZ-NOUS - Enfin une bonne nouvelle ! La France a vendu hier 18 avions Rafale à la Grèce. C’est le quatrième contrat à l’export et c’est une belle revanche pour cet avion de chasse que l’on croyait invendable.

On le disait invendable, parce qu’il l’était. Depuis le lancement du programme Rafale en 1986 jusqu’en 2015, il s’est passé presque 30 ans, sans que l’on parvienne à exporter un seul avion Rafale. Et c'était pas faute d’essayer et de participer aux appels d'offres.

Mais “flop” avec la Corée du sud, Singapour et le Maroc. Grosse désillusion avec le Brésil et avec nos amis et voisins Suisses et Belges. Pas plus de succès au Canada ou aux Emirats Arabes Unis.

Une longue série d'échecs commerciaux qui commençaient à nous coûter très cher. Et quand je dis nous, c’est nous, les contribuables. Parce que pour que Dassault puisse financer ce programme, l’armée française s'était engagée à acheter les appareils que Dassault ne vendrait pas à l’étranger.

Au rythme de un avion par mois environ. Mais les besoins de l’armée ne sont pas extensibles à l’infini et ses moyens non plus. Sans exportation on allait dans le mur. En 2012, le ministre de l’Industrie a même commencé à réfléchir à l'arrêt du programme. Ce qui aurait été un terrible fiasco, industriel, financier, politique et militaire.

Pourquoi cet avion ne se vendait pas ?

Parce qu’il était trop Français. Franco-Français, à chaque fois les clients potentiels préféraient finalement les F16 et F18 américains, parce qu’en les achetant, ils achetaient en même temps la protection des Etats-Unis.

Ou alors il préférait l’Eurofighter beaucoup moins bon mais produit par les anglais, les allemands, les italiens et les espagnols qui mettaient tout leur poids diplomatique dans la balance. Et à chaque fois, les commerciaux français repartaient avec leur rafale sous le bras.

Pourtant on dit parfois que c’est le meilleur avion du monde

C’est ce qu’on lit souvent dans les colonnes du Figaro. Journal qui appartient à la famille Dassault et où les journalistes jouissent d’une grande liberté à une condition : on ne dit pas de mal du Rafale !

En vérité, ce n'est pas le meilleur du monde pour le combat aérien. Ce n'est pas le meilleur pour l’attaque au sol, ce n’est pas le meilleur pour les bombardements ou les lancements de missiles de croisière à très longue portée. Ou pour porter les charges nucléaires. Ce n'est pas le meilleurs pour se poser sur un porte avion, mais le meilleur et un des seuls, capable de faire tout cela. C’est un couteau suisse.

On dit "multi-rôle" en langage militaire. Il a remplacé à lui tout seul 5 avions utilisés auparavant. Ca en fait effectivement un des meilleurs avions de chasse du monde, très facile à piloter paraît- il, adoré par les pilotes.

Finalement qu’est ce qui a mis fin à la série d'échecs commerciaux?

D’abord le Rafale a fait ses preuves lors de vrais conflits, en Afghanistan, en Lybie, en Syrie surtout en participant aux frappes contre Daesh dans des conditions très difficiles, avec un ciel très encombré.

Ses qualités ont alors été remarquées par trois pays qui avaient vraiment besoin d’avions de guerre. L’Egypte voisine de la Libye, L’Inde en conflit avec le Pakistan, le Qatar qui veut exister militairement.

Et en quelques mois, après des décennies d’attente, Dassault a signé des contrats avec ces trois pays. L'Egypte, l’Inde et le Qatar ont acheté 114 avions en tout. De quoi sauver le programme.

Et ce quatrième contrat signé lundi, en quoi est-il important?

18 avions, dont 9 d’occasion pour deux milliards et demi d’euros, c’est une grosse commande mais ce n’est pas le contrat du siècle. Mais c‘est important politiquement. C’est le premier pays européen, membre de l’OTAN qui achète des Rafales. C’est un contrat qui a été négocié en quelques mois alors que d'habitude il faut compter des années.

La Grèce s’est décidé l’été dernier, lorsque les Turcs sont venus prospecter à la recherche de gaz dans leur eaux territoriales. Au sein de l'Europe, la France est le pays qui s’est montré le plus solidaire des Grecs et ils en ont tenu compte en passant cette commande.

Tout cela pour dire que l’on ne parle pas simplement de la vente de 18 avions. Un contrat comme ça, c’est pas mal d’argent, beaucoup d'emplois en France, des contrats de vente de missiles, des programmes de formation des pilotes et de maintenance des avions, mais surtout un engagement pour des années. Et un geste politique. En l'occurrence la preuve de l’amitié franco grecque, face à la Turquie d’Erdogan.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)