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Comment le Biélorusse Loukachenko utilise les migrants comme de la chair à canon

EXPLIQUEZ-NOUS - Des milliers de migrants sont actuellement coincés à la frontière de l'Europe, entre la Pologne et la Biélorussie. L’union européenne accuse le président Biélorusse d’avoir volontairement créé cette crise.

Il se passe quelque chose d’assez ignoble. L’utilisation de migrants comme chair à canon pour déstabiliser l'Europe. Concrètement depuis trois mois maintenant la Biélorussie encourage l'arrivée de Kurdes, d'Irakiens, de Syriens, de réfugiés du Yémen ou d’Afghanistan pour aussitôt les conduire à la frontière de la Pologne, c'est-à-dire aux portes de l'Europe.

Ces derniers jours la situation s’est considérablement tendue parce que la Pologne a envoyé 10.000 hommes et déployé des kilomètres de barbelés pour garder sa frontière.

Ce qui donne des scènes dramatiques. Des milliers d’hommes de femmes et d’enfants sont repoussés par les polonais a coup de gaz lacrymogènes, mais s’ils essaient de rebrousser chemin, la police Biélorusse les en empêche en tirant en l’air.

Résultat 3 à 4.000 personnes sont coincés près d’un poste frontière, des milliers d’autres sont dans les forêts ou les villages alentour.

Les autorités biélorusses contestent être responsables de la crise

Mais elles mentent. Tout indique que le président Alexandre Loukachenko est le grand organisateur de ce bazar. Depuis des semaines des avions se posent à Minsk en provenance d’Irak, du Liban ou de Turquie. Les passagers à l'arrivée reçoivent aussitôt un visa de touriste et sont conduits en car vers la frontière. On leur dit que l'Allemagne est toute proche alors qu’en réalité, s’ils parviennent à passer en Pologne, ils sont encore à 600 km de l'Allemagne ou la plupart rêvent d’arriver.

Ces derniers jours, une ligne aérienne directe entre Minsk et Damas a été ouverte. Et cinq petits aérodromes régionaux ont obtenu le statut d’aéroports internationaux pour pouvoir accueillir encore plus de migrants. C’est par exemple le cas de l’aéroport de la petite ville de Grodno qui se trouve à 15 km seulement de la frontière polonaise et qui va pouvoir accueillir des vols en provenance de Beyrouth ou d’Istanbul.

A quoi joue le président biélorusse?

Il cherche à nous déstabiliser et à sanctionner l'Europe pour l’avoir lui-même sanctionné. Loukachenko est le dernier dictateur communiste en Europe. Il est au pouvoir depuis 27 ans, il a truqué les élections en 2020, et surtout souvenez-vous, en mai dernier, il a détourné un vol de Ryanair qui faisait la liaison entre deux capitales européennes pour le forcer à se poser à Minsk et arrêter un opposant qui se trouvait à bord. Cet acte de piraterie d'État lui avait valu de nouvelles sanctions européennes.

Et aujourd’hui c’est donc sa réponse à Bruxelles : “Vous me sanctionnez, je vous envoie des migrants”. L'Europe a réagi avec fermeté, refusant de céder au chantage. La commission menace les dirigeants biélorusses de nouvelles restrictions de voyage et menace de sanctions les compagnies aériennes qui transportent les migrants vers la Biélorussie. Ces compagnies irakiennes, libanaises ou turques pourraient être interdites de vols dans l’espace aérien européen.

En attendant, la Pologne se montre particulièrement inquiète, craignant une escalade armée, autrement dit une guerre.

Quelle est la position de Vladimir Poutine?

Mardi, il a téléphoné à son ami Loukachenko et il ne l’a certainement pas condamné. Poutine sait que les migrants sont le point faible de l'Europe. Il sait que chaque crise migratoire renforce en Europe les nationalistes, les populistes et les partis extrêmes droites, c'est-à-dire ses amis.

Ce qui se passe en ce moment à la frontière polonaise n’est pas pour lui déplaire.

Est-ce que c’est la première fois que les migrants sont ainsi utilisés comme une arme de guerre?

Non, c'est le président turque Erdogan qui avait inventé le concept en mars 2020. Il avait fait conduire en bus des milliers de réfugiés à la frontière grecque pour faire pression sur l'Europe. 

Au printemps dernier, les marocains avaient fait la même chose, en laissant passer des milliers de réfugiés dans l’enclave espagnol de Ceuta. Le Maroc voulait punir l'Espagne pour son soutien à un mouvement indépendantiste.

Mais dans les deux cas, la crise n'avait duré que quelques jours, c’était des coups de semonce, alors que là c’est une offensive bien plus importante de la Biélorussie contre l'Europe. Une offensive que l'Europe a qualifié d’attaque “Hybride.” “Hybride” et particulièrement cynique…

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)