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Condamnés pour terrorisme en Italie, arrêtés en France: qui sont les "Brigades rouges"?

EXPLIQUEZ-NOUS - Sept italiens ont été arrêtés en France mercredi à la demande de l’Italie, et trois autres sont recherchés. Ils sont soupçonnés d’avoir participé à des attentats terroristes dans les années 70 et 80. L'Italie demande leur extradition depuis des années.

L’Italie demande depuis des années, l’extradition en tout de 200 personnes, mais la France n’a pratiquement jamais accepté, jusqu’à ces arrestations d’hier qui marquent un vrai tournant. C’est Emmanuel Macron qui a pris la décision et qui l’a fait savoir. Un communiqué de l’Elysée indique que le président a souhaité régler la question.

Sept personnes ont été arrêtées mercredi matin. Trois autres n'étaient pas à leur domicile et sont maintenant recherchés. La justice française va maintenant examiner ces demandes d'extradition et un juge décidera d’ici demain si les personnes arrêtées doivent être incarcérées ou pas en attendant.

Qui sont ces Italiens ?

Deux femmes et huit hommes. Ils ont entre 63 et 77 ans. Ce sont tous des militants d'extrême gauche, membres ou proches des brigades rouges accusés d’avoir participé à des attentats dans les années 70 et 80.

Ce que l’on a appelé les années de plombs, lorsque l’Italie a connu jusqu’à 2.000 attentats par an, faisant plusieurs centaines de morts et plusieurs milliers de blessés. Ils sont accusés d’avoir participé à des assassinats de policiers, de magistrats, de gardiens de prison. Ou bien à des “jambisations”. C'est-à-dire d’avoir tirer une balle dans le genoux de leur victime.

Le plus âgé de ceux qui ont été arrêtés mercredi s’appelle Giorgio Pietrostefani, il a 77 ans, il est soupçonné d'être l’instigateur de l’assassinant d’un commissaire de police à Milan en 1972, il y a 49 ans.

Mais la plus connue, c’est sans doute Marina Petrella

Elle est accusée et a été condamnée à perpétuité pour l'assassinat d’un commissaire, elle aussi, et la séquestration d’un magistrat, plus pour quelques braquages.

Elle avait fui en France, juste avant sa condamnation, il y a une trentaine d'années. Elle y a refait sa vie. Elle est devenue assistante sociale dans le Val d’Oise. Mais elle avait déjà failli être renvoyée en Italie en 2008. Elle avait été arrêtée à la demande des Italiens. François Fillon avait signé le décret d’extradition. Elle avait été incarcéré, puis finalement hospitalisé apres une grève de la faim et une tentative de suicide.

Nicolas Sarkozy avait alors annulé l’extradition pour des raisons humanitaires et à la demande de sa femme Carla Bruni et de sa belle-soeur Valérie Bruni Tedechi. C’est Carla Bruni qui lui avait personnellement annoncé qu’elle ne serait pas extradée, plusieurs jours avant que la nouvelle ne soit officielle.

13 ans après, Marina Petrella se retrouve une deuxième fois sous la menace d'être extradée et de devoir purger sa peine de perpétuité en Italie.

Tous ces “militants” ou “anciens terroristes” ont longtemps été protégés par la “doctrine Mitterrand”. De quoi s’agit-t-il ?

D’une décision politique prise par François Mitterrand en 1985. On sortait à peine des années de plombs, ou plus exactement on n’en était pas encore sortis. Le terrorisme sévissait encore en Italie et de nombreux militants d’extrême gauche s’étaient refugié en France.

Pour tenter d’apaiser la situation, le président Français avait annoncé qu’il s'opposerait à l’extradition de tous ceux qui renonceraient officiellement à la violence, et de ceux qui n'avaient pas de sang sur les mains. Autrement dit, la France accordait un droit d’asile aux repentis et cela a duré des années, des dizaines d’années.

Mercredi, l’avocate de 5 des italiens arrêtés a donc crié à la trahison, trahison de la promesse faite par François Mitterrand. Même si juridiquement, la parole du président français il y a 35 ans, n’a aucune valeur. Et quand je dis la parole, c’est bien effectivement de l'oral. François Mitterrand avait évoqué cette doctrine devant le congrès de la ligue des droits de l’homme en 1985. Il n’y a jamais eu de texte, de loi ou de décret, ni même d’engagement.

Quant à Emmanuel Macron, il estime qu’il s’inscrit dans la doctrine Mitterrand puisque son communiqué de mercredi précise que les dix personnes arrêtées ou recherchées sont poursuivies pour “des crimes de sang”.

Et donc n’entraient pas dans le champ de cette accord tacite passé entre la France et les militants de l'extrême gauche italienne. Des vieux militants rattrapés aujourd’hui par leur jeunesse.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)