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Emeutes, violences... Comment le Brexit embrase de nouveau l'Irlande du Nord

LOUIS VA PLUS LOIN - De nouveaux heurts ont éclaté hier soir en Irlande du Nord. La tension y est très forte depuis plusieurs jours malgré les appels au calme du Premier ministre anglais Boris Johnson.

C’est la résurgence d’un conflit presque centenaire. Conflit entre les deux camps et les deux cultes qui divisent cette province britannique. D’un côté, les unionistes, à majorité protestante, qui défendent le maintien dans le Royaume-Uni, comme c’est le cas aujourd’hui.

De l’autre, les républicains, principalement des catholiques, favorables à une réunification avec l’Irlande du Sud, qui est membre de l’Union Européenne. Depuis une semaine, chaque nuit est marquée par des violences dans la capitale du Nord, Belfast. Un bus a été incendié, des bombes à essence lancées et 50 policiers blessés dans ces affrontements.

Quelle est la cause de ces heurts ?

Cela tient en un mot : Brexit…Souvenez-vous, le statut de l’Irlande du Nord était l’un des principaux points de discorde au moment des négociations, une solution a finalement été trouvée, une sorte d’entre deux qui montre déjà ses limites.

Il était impossible de rétablir une frontière terrestre entre la République d’Irlande, toujours membre de l’UE, et l’Irlande du Nord, qui en est sortie, impossible à cause d’un traité signé en 1998. Mais il fallait bien trouver un moyen de positionner cette frontière pour marquer la limite qui sépare l’espace européen du territoire britannique.

Après des mois de discussions, cette frontière a été placée en mer d’Irlande. Donc entre le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord. Voilà le problème: la province est à la fois rattachée à la couronne mais elle en est désormais séparée par une frontière maritime où s’effectuent des contrôles douaniers. Depuis son entrée en vigueur, au mois de janvier, ce protocole a perturbé les échanges commerciaux et provoqué des pénuries alimentaires. Les unionistes se sentent donc floués.

Cette montée de violences est inquiétante parce qu’elle rappelle des souvenirs douloureux aux britanniques

La guerre d’indépendance d’abord, qui a conduit à la séparation des deux Irlande entre 1921 et 1922, mais surtout la période de troubles. Trente ans d’un conflit que les historiens qualifient de guérilla ethnique et confessionnelle, entre la fin des années soixante et la fin des années 90, marqué notamment par le massacre du Bloody Sunday, passé à la postérité avec la chanson de U2. 3.500 personnes sont mortes en trois décennies, jusqu’à l’accord du vendredi saint, traité de paix signé à Pâques en 1998.

Louis Amar (avec J.A.)