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Grande-Bretagne: malgré 18 soirées arrosées pendant le confinement, Boris Johnson refuse de démissionner

Boris Johnson est sur un siège éjectable. Le Premier ministre britannique doit faire face tous les jours à de nouvelles révélations sur le "Party Gate", le scandale des fêtes.

Fêtes, pots de départ, soirées arrosées, garden party... Les révélations s'accumulent sur les soirées organisées au sein de la résidence du Premier ministre britannique Boris Johnson, qui n'a vraiment respecté les propres règles qu'il a instaurées au Royaume-Uni pour lutter contre l'épidémie de Covid-19.

Exemple le 20 mai 2020. C’est le secrétaire particulier du Premier ministre qui envoie les cartons d’invitation avec cette mention "Amenez votre propre bouteille". Une quarantaine de convives se sont retrouvés dans les jardins. Dont la maîtresse de Boris Johnson, qui est depuis est devenu sa femme.

Ce qui fait désordre, c’est qu’une heure et demie avant cette Garden Party, une conférence de presse s’est tenue au même endroit au 10, Downing street, pour rappeler aux Anglais qu’ils n’avaient pas le droit de se retrouver à plus de deux personnes en extérieur. C’était la règle à l’époque.

18 bamboches "clandestines" révélées

Et cette fête n’a pas été la seule. La presse anglaise a révélé l’existence d’au moins 18 bamboches. Une série de fêtes de Noël en décembre 2020. Une soirée “quiz de Noël”, une soirée "Pull moches". Une soirée arrosée où Boris Johnson a fait un discours très décousu.

Il y avait aussi les pots du vendredi soir. Quasiment tous les vendredis, lorsque les collaborateurs du Premier ministre sortaient acheter à boire au supermarché d’en face.

Il y a eu aussi le pot de départ de celle qui était justement chargée d’établir le protocole sanitaire. Et à l’époque, la règle, c’était "pas plus de six". Interdit de se rassembler à l'intérieur à plus de six personnes. Et donc ce soir-là, les fonctionnaires ont joyeusement violé les règles qu’ils avaient eux-mêmes écrites. "Faites ce que je ne dis, mais pas ce que je fais…"

Le summum de la honte le 16 avril

Mais la soirée qui a sans doute le plus choqué les Anglais, c’est celle du 16 avril dernier. Boris Johnson n’était pas là, mais toute son équipe a bu et dansé jusqu'à très tard dans la nuit, alors que le lendemain, la Reine Elizabeth II enterrait son mari. On se souvient des images où elle était seule devant le cercueil du prince Philip parce que la famille royale, elle, avait strictement respecté les règles de distanciation.

Boris Johnson a reconnu sa présence à au moins une fête. Celle que l’on appelle, "amenez votre propre bouteille" le 20 mai 2020. Il peut difficilement nier, vu les cartons d’invitation et les photos. Devant les députés, il a affirmé que "personne ne lui avait dit que c'était contraire aux règles". Ce qui est assez gros: nul n’est censé ignorer la loi, surtout s’il est l’auteur de cette loi…

Mais, surtout, le problème est que son ancien conseiller spécial, Dominic Cummings, qui est aujourd’hui son adversaire, a affirmé que c’était faux. Il est prêt à venir témoigner sous serment que Boris Johnson avait été prévenu que cette soirée était illégale. Si cela devait se confirmer, cela voudrait dire que Boris Johnson a menti devant le Parlement et cela entraînerait sa destitution immédiate.

Pas de démission en vue et diversions pour faire oublier

En attendant, il s'accroche à son poste comme si de rien était. Au détour d’une phrase, il vient d'évoquer les législatives de 2024, en disant qu’il mènera cette campagne. Il fait pression sur les députés de son camp qui risquent de le lâcher. L’un d’entre eux a affirmé mercredi être victime d’un chantage. Il a été prévenu qu’il n'y aurait pas de nouvelle école dans sa circonscription s’il votait la défiance.

Boris Johnson a surtout multiplié les sujets de diversion ces derniers jours pour que l’on parle d’autre chose que de ce "Party Gate". Il a envisagé d’envoyer la marine dans la Manche pour lutter contre l’immigration clandestine. Il a lancé une bombe sur le financement de la vénérable BBC qui pourrait être remis en cause.

Et puis surtout, il a annoncé la levée de presque toutes les restrictions sanitaires à compter du 27 janvier. Fin du masque obligatoire, fin du télétravail recommandé, fin de l'interdiction des grands rassemblements. Opération diversion réussie: les journaux populaires qui ne le lâchaient pas ont salué jeudi, le "retour de la liberté".

Boris Johnson s’est offert un petit répit. Mais sans doute de courte durée. On attend maintenant le résultat d’une enquête administrative qu’il a lui-même commandée. Si cette enquête confirme les révélations de la presse, Boris Johnson a toutes les chances de sauter.

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Nicolas Poincaré (édité par J.A.)