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Guerre en Ukraine: ce qu’il faut savoir sur l’impact des sanctions économiques contre la Russie

Dans l’édition spéciale sur la guerre en Ukraine ce vendredi sur RMC, Emmanuel Lechypre a analysé les sanctions décidées par les occidentaux contre les Russes. Pas de quoi faire trembler Vladimir Poutine à court terme.

Au lendemain du déclenchement de la guerre en Ukraine, quelle est l’ampleur des sanctions prises par les occidentaux contre les Russes ? C’est une riposte graduée. L'Union européenne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Japon ont annoncé jeudi soir durcir leurs sanctions contre la Russie mais sans l'exclure dans l'immédiat du réseau bancaire Swift, qui permet de recevoir ou d'émettre des paiements dans le monde entier.

Il s'agit notamment de limiter drastiquement l'accès de la Russie aux marchés de capitaux. Le géant de l'énergie Gazprom et d'autres grandes entreprises du pays - 13 au total - ne pourront plus pour leur part lever d'argent sur les marchés financiers occidentaux, une sanction qui avait déjà été prise contre le gouvernement russe lui-même, et les plus grandes banques russes ne pourront plus lever d'argent sur les marchés financiers occidentaux.

Il y a aussi des réductions de l'accès de la Russie à des "technologies cruciales", en la privant de composants électroniques et de logiciels. Cela inclurait notamment l'interdiction d'exporter vers la Russie des avions, pièces et équipements de l'industrie aéronautique et spatiale, ainsi que des technologies de raffinage pour l'industrie pétrolière.

De nouvelles sanctions frapperaient des individus dans les cercles du pouvoir (gel des avoirs, interdiction du territoire européen...). Elles s'ajouteront à celles déjà entrées en vigueur mercredi soir, notamment contre des personnalités proches de Poutine.

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"Rien à foutre" disait l’ambassadeur russe en Suède la semaine dernière

Est-ce que ces sanctions peuvent gêner véritablement la Russie ? "Nous n'en n'avons rien à foutre": c’était le message délivré par l'ambassadeur russe en Suède la semaine dernière. C’est en partie vrai. Il existe déjà des sanctions économiques contre la Russie depuis l’annexion de la Crimée depuis 2014. Depuis, la Russie a appris à produire plus et à importer moins. Le pays est devenu, par exemple, le premier exportateur mondial de blé. De quoi lui rapporter plus que les ventes d’armes.

Les produits énergétiques restent le cœur de l’économie du pays. Ils représentent plus de 60% des exportations. Or, les menaces de conflit ont fait grimper les cours des matières premières, dans un contexte mondial déjà tendu, ce qui remplit les caisses de l’Etat. 

La privation de dollars, si elle ne faciliterait pas les échanges, ne serait pas un élément bloquant pour la Russie. Le pays s’est préparé à cette éventualité. Seulement 10% des hydrocarbures sont encore vendus en dollars… contre 95% en 2013. L’euro est d’ailleurs plus présent que le dollar dans le pays, désormais. 16% des réserves du pays sont des dollars.

La Banque centrale a les moyens : 630 milliards de dollars de réserves. Priver Gazprom d’exporter son gaz, c’est 20 milliards par mois. La dette publique n’est plus que de 15% du PIB, 54% en 2017. 

La souffrance de la population russe est réelle. Le taux d’inflation en Russie a atteint 8% en un an, un record depuis 5 ans, et ça va être pire avec la chute du rouble, alors que le pouvoir d’achat des Russes est en recul de 10% depuis 2014. La bourse de Moscou a perdu presque 60% de sa valeur en quelques jours. Quelques pourcents en occident, dont le krach boursier est russe… Mais Poutine s’en moque, comme les dirigeants des 40 pays ciblés par des embargos dans le monde. 

Quant aux sanctions contre les oligarques, on a fait bien plus dur contre les dirigeants syriens (expropriations) mais la famille Al-Assad est toujours là. Et en plus, ce ne sont plus les oligarques qui ont le pouvoir en Russie mais les services de sécurité intérieure et l’armée.

A court terme, peu de prises donc. A moyen et long terme, un peu plus : privation durable et surtout, la technologie sans les entreprises occidentales. Le secteur énergétique russe ne pourrait pas fonctionner. Les entreprises russes du secteur importent en effet plus de la moitié de leurs équipements, et même 90% du matériel dont elles ont besoin quand il s’agit de forer offshore ou de pratiquer la fracturation hydraulique (liquide pour faire exploser la roche).

Emmanuel Lechypre