RMC

Guerre en Ukraine: ce que l'on sait sur le potentiel empoisonnement de Roman Abramovitch

Selon le Wall Street Journal, le milliardaire russe Roman Abramovitch, propriétaire du club anglais de Chelsea, a été victime d'un empoisonnement au mois de mars alors qu'il participait à une réunion à Kiev. Ses jours ne seraient plus en danger désormais.

Le milliardaire russe Roman Abramovitch a été victime d’un empoisonnement alors qu’il participait à des négociations sur l’Ukraine. C’est le Wall Street Journal qui révèle l’information. Si l’on en croit le grand quotidien américain, Roman Abramovitch, un des hommes les plus riches de Russie, propriétaire du club de foot de Chelsea, s’est senti mal après une réunion à Kiev début mars.

Il a eu les yeux rougis, les visages et les mains qui pèlent. Puis les symptômes ont disparu et sa vie, aujourd’hui, ne serait pas en danger. Le journal anglais The Guardian indique que le milliardaire à un moment perdu la vue, avant de la retrouver. Deux autres négociateurs ukrainiens qui ont participé à la même réunion auraient souffert des mêmes symptômes.

Qui peut être à l’origine de cet empoisonnement ? C’est là toute la question. Le Wall Street Journal évoque des Russes partisans d’une ligne dure et qui aurait donc voulu empêcher ces négociations. Mais un proche d’Abramovitch dit qu’il n’a aucune certitude sur les commanditaires de l'empoisonnement.

On peut également imaginer qu’au sein des services secrets ukrainiens, il y avait peut-être aussi des partisans d’une ligne dure qui auraient pu vouloir s’opposer à ces négociations.

Roman Abramovitch est généralement présenté comme un proche de Vladimir Poutine, ce qui est vrai, même si en fait, c’est un peu plus compliqué. C’est avant tout un homme qui a fait fortune dans le gaz et le pétrole dans les années 1990 profitant des privatisations décidées par Boris Eltsine. Ce que certains ont appelé le “hold-up du siècle”. Puis Abramovitch a présenté Poutine à Eltsine. L’actuel président lui doit donc beaucoup.

L'empoisonnement, une technique très utilisée en Russie

Ensuite, le milliardaire s’est lancé en politique, il a été député et gouverneur d’une région très pauvre au nord de la Russie. Puis il a eu l’intelligence de comprendre que Poutine ne voulait personne qui puisse lui faire de l’ombre. Et surtout pas des milliardaires trop riches et trop puissants, et au courant de trop de secrets. Il a donc abandonné la politique. Il savait qu’un accident est vite arrivé pour des gens comme lui. Il a choisi de s'installer à Londres, il s’est offert le club de foot de Chelsea et le plus beau yacht du monde. Il a obtenu la nationalité israélienne, puis un passeport portugais, qui lui permet de voyager facilement en Europe.

Il s’est totalement retiré de la vie politique russe, mais l’on apprend qu’il peut encore jouer les intermédiaires, comme c’était visiblement le cas dans cette affaire ukrainienne.

Rien ne prouve encore que le Kremlin est à l’origine de l’empoisonnement. Mais on sait que c’est une spécialité des services secrets russes et ça ne date pas d’hier. Le KGB avait inventé le coup du parapluie bulgare. Un petit coup de parapluie pointu et empoisonné pour faire disparaître les dissidents réfugiés à l’ouest. Plus récemment, il y a deux ans, c’est l'opposant russe numéro un à Poutine, Alexeï Navalny, qui a failli y rester. Les hommes du FSB avait mis du poison dans son slip juste avant qu’il monte dans un avion. Et il serait mort si le pilote n’avait eu le réflexe de poser son avion en urgence. Il a été soigné en Allemagne, mais il est rentré à Moscou et il est aujourd'hui en prison.

En 2018, Sergueï Skripal, un ancien agent du KGB, a été empoisonné à Londres avec sa fille. Dans la liste des victimes d'empoisonnement, on se souvient aussi de Viktor Ioutchenko, le président ukrainien élu en 2004. Pendant sa campagne, sa peau était soudain devenue spectaculairement vérolée. Les analyses avaient ensuite montré qu’il avait un énorme taux de dioxine, plus précisément un produit qu’on appelle la chloracné et qui donne des symptômes qui ressemblent à ceux ressentis par Roman Abramovitch.

Nicolas Poincaré