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L'Allemagne se réveille sans savoir qui sera son prochain chancelier: ce qu'il faut savoir des élections allemandes

EXPLIQUEZ-NOUS - Les Allemands se réveillent ce matin sans connaître le nom de leur prochain chancelier. Parce que les résultats des législatives de dimanche sont trop serrés.

Ce n’était jamais arrivé. Normalement, les télévisions allemandes annoncent les résultats à 21 heures et en fonction du parti, ou de la coalition arrivée en tête on sait qui va gouverner le pays pour les 5 ans qui viennent. Sauf que dimanche, les deux grands partis, les conservateurs de la CDU et les sociaux-démocrates du SPD sont arrivés presque à égalité. Un peu plus de 25% pour le SPD, un peu moins de 25% pour la CDU.

Logiquement, le candidat du SPD qui est arrivé en tête devrait devenir chancelier. Mais ce qui compte ce n’est pas d'être le premier, même si c’est symboliquement important. Ce qui compte c’est de former une coalition capable d’obtenir une majorité au Bundestag, au parlement.

Le candidat de gauche Olaf Scholz a aussitôt annoncé qu’il allait s’atteler à la tâche. Mais la surprise, c’est que le candidat de droite Armin Laschet a lui aussi fait savoir qu’il pensait être en mesure de passer un accord majoritaire. Si bien que l’on ne sait pas ce lundi matin qui va l’emporter. Ce sera soit Olaf Scholz, candidat du SPD, ancien maire de Hambourg, connu pour sa rigueur en matière économique. Soit Armin Laschet, candidat de la CDU, ancien journaliste catholique originaire d'Aix-la-Chapelle.

L’un et l’autre sont très pro-européens, mais ni l’un ni l’autre ne sont très flamboyants, ni très charismatiques.

Ce qui est sûr c’est qu’aucun parti ne peut gouverner seul

Et ça fait d'ailleurs des années qu’aucun parti ne gouverne plus seul en Allemagne. Mais pour la première fois, le pays va très certainement être dirigé par trois partis. Les deux grands partis qui sont arrivés premiers presque ex-aequo, vont tenter de passer un accord avec les partis arrivés 3e et 4e. C'est-à-dire les écologistes et les libéraux. Les écolos qui ont obtenu presque 14% et les libéraux 12%.

Dès cette semaine, d'intenses négociations vont commencer. Les écolos apparaissent comme les principaux faiseurs de roi, ils peuvent faire pencher le pays à droite ou à gauche.

La logique serait tout de même qu’ils s’allient avec le SPD. Puisque le parti de centre-gauche est arrivé légèrement devant et parce que lors du dernier débat télévisé, la candidate écologiste et le candidat social-démocrate avaient affiché une complicité et une envie de gouverner ensemble.

Mais les sociaux-démocrates et les Verts ne peuvent pas gouverner à deux. Il leur faut un accord avec les libéraux.

A quoi vont ressembler les négociations?

A un marathon. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’annoncer que l’on va gouverner ensemble. Il s’agit de construire un véritable programme commun. De décider de toutes les mesures qui seront prises dans les années qui viennent. Par exemple, et ce n’est qu’un exemple mais c’est un sujet important: que fait-on pour le SMIC ? Est ce qu’on le met à 12 euros de l'heure comme le suggère le SPD. Mais les libéraux ne le veulent pas. On va chercher un compromis et négocier comme des marchands de tapis. En fait, c'est le règne des partis qui imposent par avance leurs décisions.

C’est un peu le système que l’on avait en France sous la quatrième république et auquel le général de Gaulle a mis fin. Sauf qu’en Allemagne ça marche, et que ce système de coalition et de compromis est considéré comme le plus démocratique.

Combien de temps vont durer ces négociations?

Cela n’est pas une question d’heures ou de jours. Plutôt une question de semaines ou de mois. Lors des dernières législatives, Angela Merkel avait mis 4 mois pour parvenir à un accord avec le SPD.

Dimanche, les deux principaux candidats ont dit espérer pouvoir aboutir avant Noël. Parce qu’au premier janvier l'Allemagne prend la présidence du G20. En attendant, Angela Merkel reste aux manettes et expédie les affaires courantes. Il est assez vraisemblable qu'elle fêtera en novembre son seizième anniversaire à la chancellerie.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)