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Le dossier de l'extradition de dix ex-activistes italiens tend la France et l'Italie depuis 40 ans

La cour d'appel de Paris a refusé mercredi l'extradition de dix anciens activites italiens, condamnés à perpétuité dans leur pays pour des attentats commis dans les années 1980. Mais Emmanuel Macron a affirmé étudier les recours possibles contre cette décision. Retour sur ce feuilleton qui rythme les relations franco-italiennes depuis plus de 40 ans.

Emmanuel Macron persiste à souhaiter l’extradition de dix anciens activistes italiens, malgré la décision de la cour d’appel qui s'est opposée mercredi à ce qu’ils soient renvoyés dans leur pays.

Ce feuilleton qui contrarie les relations entre la France et l’Italie date des années 1980. A ce moment-là, plus de 300 terroristes italiens repentis avaient trouvé refuge en France. L'Italie venait de traverser ce que l’on a appelé les années de plombs, marquées par des centaines d’attentats et d’assassinats.

Pour aider à sortir le pays de ce cercle de violence, le président François Mitterrand avait accepté d’accorder l’asile à ces activistes à la condition qu’ils n'aient pas de sang sur les mains et qu’ils renoncent à la lutte armée. Alors depuis 40 ans, ces hommes et ces femmes vivent en France mais l’Italie ne cesse de demander leur extradition.

Un décret d'extradition signé en 2008, puis annulé

En 2021, Emmanuel Macron avait demandé l’arrestation de dix d’entre eux. Âgé de 62 à 77 ans, ces anciens membres des brigades rouges sont accusés d’avoir participé à des attentats dans les années 1970 et 1980. Ils ont d'ailleurs été jugés et condamnés en Italie pour avoir participé à des assassinats de policiers, de magistrats, de gardiens de prison.

Le plus âgé d'entre eux s’appelle Giorgio Pietrostefani, il est soupçonné d'être l’instigateur de l’assassinat d’un commissaire de police à Milan en 1972, il y a 49 ans. Mais la plus connue, c’est Marina Petrella. Elle a été condamnée à perpétuité pour l'assassinat d’un commissaire et pour la séquestration d’un magistrat, ainsi que pour quelques braquages. Elle avait fui en France, juste avant sa condamnation, il y a une trentaine d'années, où elle a refait sa vie et est devenue assistante sociale dans le Val d’Oise.

Elle a déjà failli être renvoyée en Italie en 2008 puisqu'elle avait été arrêtée à la demande des Italiens. Le décret d’extradition était signé, elle avait été incarcérée, puis finalement hospitalisée après une grève de la faim et une tentative de suicide. Au dernier moment, Nicolas Sarkozy avait alors annulé l’extradition pour des raisons humanitaires et à la demande de sa femme Carla Bruni et de sa belle soeur Valerie Bruni Tédeschi. 

Le droit à la justice équitable

Au printemps 2021, elle est de nouveau arrêtée, avec neuf autres anciens activistes. Ils sont brièvement incarcérés puis placés sous contrôle judiciaire en attendant l’examen de leur recours. La décision de la cour d’appel a finalement décidé mercredi qu'ils peuvent rester en France.

Pour justifier cette décision, la cour se base sur deux articles de la convention européenne des droits de l’homme. D'abord l’article 6, qui porte sur le droit à une justice équitable. En France, en cas de jugement par contumace, en l'absence de l'accusé, la justice applique d'office la peine maximale, mais le condamné a le droit à un deuxième procès s'il est arrêté.

Or en Italie ça n'est pas le cas. Condamnés à perpétuité en leur absence, ces militants italiens n'auraient aucun recours en cas d’extradition et seraient donc aussitôt emprisonnés à vie en Italie sans avoir pu se défendre.

Une nouvelle vie en France

La cour d'appel a aussi tenu compte de l’article 8 qui porte sur la protection de la vie familiale. Celui-ci oblige à tenir compte du fait que ces terroristes repentis sont en France depuis 40 ans, qu'ils ont fait leur vie, fondé des familles, exercé des métiers, et pris leur retraite.

Cependant, Emmanuel Macron semble en faire de cette histoire une affaire personnelle. Il a réaffirmé jeudi son souhait de voir ces Italiens jugés sur le sol italien et confirmé qu’il va faire étudier les recours possibles contre la décision de la cour d'appel.

Une position appréciée en Italie, où la plupart des partis et l’opinion publique n’ont jamais compris la mansuétude des autorités françaises vis-à-vis de ces terroristes retraités.

Nicolas Poincaré