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Mélina Boughedir, condamnée en Irak: "Je ne comprends pas pourquoi ils nous gardent ici"

La Française Mélina Boughedir a été condamnée à 20 ans de prison pour avoir rejoint Daesh, au regard de la législation irakienne

La Française Mélina Boughedir a été condamnée à 20 ans de prison pour avoir rejoint Daesh, au regard de la législation irakienne - RMC / BFMTV

Mélina Boughedir a été condamnée à 20 ans de prison par la Cour criminelle de Bagdad. RMC a assisté à son audience depuis la capitale irakienne.

L'audience de ce dimanche matin n'a duré qu'une cinquantaine de minutes. A 10h30, Mélina Boughedir se présente devant le juge avec son enfant dans les bras. Une petite fille de 16 mois née à Mossoul. La mère française et son bébé sont placées dans un box avec des barreaux en bois au centre de la salle d'audience. Debout, la Française porte un foulard violet fleuri et une longue robe noire, une abaya. Sa petite fille en tenue robe semble un peu perdue. Elle babine un gâteau à la main, l'enfant joue, s'accroche aux vêtements de sa mère.

"Je suis innocente"

La Française, elle, répond à toutes les questions du juge. Des réponses très courtes. Mélina Boughedir ne semble pas comprendre pourquoi elle est encore jugée devant cette Cour Criminelle alors qu'elle a déjà été jugée en février. A l'époque, elle n'avait été condamnée qu'à une peine de 6 mois pour entrée illégale sur le territoire irakien. Un jugement contre lequel le parquet irakien a fait appel.

Mélina Boughedir est cette fois poursuivie pour avoir rejoint Daesh. Au juge irakien elle lance:

"Je m'excuse, j'aimerais retrouver mes enfants à la maison, je suis innocente."

Trois avocats français sur place

Avant d'assurer que c'est son mari qui l'a entraînée en Irak en octobre 2015, la menaçant de lui prendre les enfants.

A gauche du juge, trois avocats français, tous en robe: Me William Bourdon, Me Vincent Brengarth, et Me Martin Pradel. Ils ne ratent aucune de ses déclarations. Tous mandatés par la famille de Mélina, ils ont pu seulement parler à leur cliente pendant quelques minutes avant l'audience. Une entrevue à travers les barreaux de la cellule où l'accusée attendait d'être appelée.

50 minutes après le début de l'audience, le juge se retire. Il revient peu de temps après. Et le jugement tombe: Mélina Boughedir est condamnée à 20 ans de prison pour appartenance à l'Etat islamique. Dans le box, la Française vacille, prête à s'évanouir. Elle est sortie par une surveillante pénitentiaire. 

De retour dans sa cellule, la jeune femme est abattue. Elle répète et répète sans cesse qu'elle ne veut pas être séparée de sa fille de 16 mois. "Je l'allaite encore, ils ne peuvent pas me la prendre", dit-elle. La mère de famille demande des nouvelles de ses trois enfants déjà renvoyés en France. Puis elle refait part de son incompréhension vis-à-vis du jugement qui vient de tomber:

"On est venu en Irak, je ne pensais pas que ça se finirait comme ça." 

"Je suis triste pour mes enfants, je regrette tellement"

Mélina Boughedir a maintenant 10 jours pour faire appel de ce jugement. Après l'audience, le juge, dans son bureau, explique sa décision: "En tant que personne je ne sais pas si elle est dangereuse mais selon les éléments que j'ai et parce que la justice française la réclame je pense qu'elle peut représenter un risque."

Mais il rappelle aussi qu'il était très important pour la justice irakienne de la juger elle-même, ainsi que tous les autres étrangers dans leur pays: "Nous sommes les premiers concernés par ce qu'ils ont fait, vous avez eu des attaques en France mais nous en avons nous tous les jours." Et de conclure: "Nous savons juger ces gens."

Jé. M., avec Céline Martelet envoyée spéciale en Irak