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Pourquoi la colère monte en Iran après la mort de la jeune Mahsa Amini

Arrêtée à Téhéran parce que son voile était trop court, battue par la police, la jeune Mahsa Amini est morte la semaine dernière. Depuis, la colère monte en Iran.

Un vent de colère s’est levé en Iran après la mort d’une jeune fille de 22 ans, le 16 septembre. Elle avait été arrêtée trois jours plus tôt par la police parce que ses cheveux n’étaient pas assez couverts… Elle s’appelait Masha Amini et était originaire du Kurdistan iranien, près de la frontière avec l’Irak et la Turquie. La semaine dernière, elle était venue à Téhéran visiter de la famille et elle a été arrêtée dans la rue par la police des mœurs, parce qu’elle portait un voile qui ne recouvrait pas assez sa tête. Des témoins l’ont vue être battue dans un fourgon de police. Elle a ensuite été conduite dans un commissariat, puis à l'hôpital où elle est finalement morte vendredi dernier après trois jours de coma.

La police affirme qu’elle a été victime d’une crise cardiaque. La famille n’y croit pas. Masha était jeune et en parfaite santé, sans aucun antécédent cardiaque. Ses obsèques ont donné lieu à des manifestations contre le régime des mollahs. Car c’est une mort qui ne passe pas.

Samedi dernier, les services de sécurité ont tenté d’organiser son enterrement aussi vite que possible et aussi discrètement que possible dans sa ville natale, Saqqez. Mais des dizaines de femmes s’étaient levées à l’aube pour perturber la cérémonie. Elles ont retiré leurs voiles et, têtes nues, elles ont scandé "mort au dictateur". Ce qui est incroyablement courageux parce que cela visait clairement Ali Khamenei, le guide de la révolution iranienne depuis 33 ans.

Un peu plus tard, toujours à Saqqez, ce sont les hommes qui ont ensuite manifesté devant la préfecture, là encore en scandant “mort au dictateur”. La police a ouvert le feu pour disperser les manifestants, on a compté une douzaine de blessés et de nombreuses arrestations.

Et puis lundi, la contestation a gagné Téhéran et surtout les universités. Et l'on a vu des femmes enlever leurs voiles dans des cortèges ainsi que des manifestants s’en prendre à la police. Sur les réseaux sociaux, on voit aussi des femmes se couper les cheveux et brûler leurs tchadors en signe de solidarité.

Devenue un symbole

Personne ne peut plus dire jusqu'où ira ce mouvement. Cette jeune femme est désormais un symbole en Iran. Et d’ailleurs, c’est ce qui a été écrit sur sa tombe: "Tu n’es pas morte. Tu es notre emblème".

Masha Amini est le symbole de beaucoup de choses. De la jeunesse qui ne supporte plus la dictature morale que les religieux imposent au pays depuis la révolution de 1979. Symbole aussi pour les Kurdes iraniens. Une minorité de 7 millions d'habitants qui vit à l’ouest du pays, dont la culture et la langue sont reconnues mais dont les manifestations politiques sont réprimées. Symbole enfin de ce que subissent les classes sociales les plus pauvres.

A Téhéran, c’est frappant. Les jeunes filles aisées, bourgeoises, étudiantes peuvent rouler en voiture décapotable avec un mini voile symbolique sur la tête. Personne ne leur dit rien, parce que les hommes de la police des mœurs, eux-mêmes issus des classes défavorisées, n'osent pas s’en prendre aux femmes les plus riches. Ils les imaginent protégées. Et il y a donc une inégalité sociale face à la loi islamique.

La jeune Masha, avec son accent kurde, ses vêtements de pauvres et son voile trop court était une proie parfaite pour ces policiers chargés de faire respecter les bonnes mœurs. C'est-à-dire le port d’une tenue "modeste", un voile qui couvre les cheveux dès l’âge de 7 ans pour toutes les filles et les femmes. Et l’interdiction de se promener les bras nus, même quand il fait très chaud…

Deux autres femmes sont actuellement en danger en Iran. On en parle moins. Elles se prénomment Saréh et Chobar, elles ont 31 et 24 ans, elles sont militantes pour les droits des homosexuels et elles viennent d'être condamnées à mort par un tribunal d’Ourmia. C’est au Kurdistan iranien, pas loin de la ville de Masha. Saréh, la plus âgée, est aussi une militante kurde.

Toutes les deux ont été condamnées pour "propagation de la corruption sur Terre". Un terme juridique qui punit à la fois l’homosexualité, le trafic de drogue et l’athéisme. Elles ont fait appel mais elles risquent la pendaison…

Nicolas Poincaré